Regards sur la Mission: Laetitia, lycéenne de Terminale

« J’avais une vie professionnelle vraiment très remplie, me laissant peu de temps, même pour la vie de famille. Et ma vie chrétienne était très réduite. Encore qu’une vue de la mission peut être de faire au mieux son travail, là où l’on est, et de vivre avec son éthique les difficultés qui surgissent – j’ai eu par exemple à fermer des sites d’activité. Mais disons, pour reprendre la parabole du semeur, que le "terrain" manquait d’eau… Celle-ci est arrivée en abondance, il y a dix ans, avec la mort de mon oncle, moine de Tibhirine, au moment même où je prenais ma retraite. Ce drame - qui peut faire perdre la foi… ou la régénérer – a été véritablement refondateur pour ma vie chrétienne. On s’est beaucoup retrouvé, avec ses frères moines trappistes, avec les familles, avec des Algériens. Et je me suis dès lors impliqué dans la valorisation des écrits et du message des frères, dans une association qui aide le village proche du monastère, et quelques activités en liaison avec le Diocèse d’Alger, me souvenant que mon oncle avait donné sa vie pour les Algériens (voir supra). J'agis aussi pour la paroisse (le Conseil économique, l’Organisme de Gestion de Enseignement Catholique en tant que gérant de l’Ecole Sainte Geneviève) ainsi que pour le Secours Catholique (permanence d’écrivains publics à Belleville). Finalement, l’évangélisation, pour moi – mais cela tient aussi à ma personnalité réservée – elle est plutôt de témoigner par ce que l’on fait ». Pierre Laurent. Illustration: Le Lavement des pieds, par Giotto.


L’association achète aussi pour les enfants les plus démunis des fournitures scolaires (cartables, livres…). Elle aide également des jeunes ménages à s’établir : en participant à la construction d’une maison, simple cube en béton dont le coût de 1200 euros est pris en partie en charge par l’association ou à l’achat de quelques moutons. Autre initiative qui rencontre un franc succès : offrir aux jeunes filles du village un lieu de réunion pour broder de petits sachets de lavande (vendus à Alger ou aux pèlerins du monastère). De la lavande – qui entoure le monastère -, on est passé à la fabrication de confitures et de pâtes de coing, sous la houlette d’une sœur blanche, qui monte une fois par semaine d’Alger, pour suivre ces activités. Les seules ressources de l’association viennent des donateurs. Elle est un de ces lieux « où des chrétiens collaborent avec des musulmans pour une réponse humaine aux souffrances des victimes de la crise, particulièrement des victimes de la violence(…) », écrit Mgr Teissier, Archevêque d’Alger (2).
Sylvie Horguelin 1- Cf. Frère Luc, réal. Silvère Lang, éd. AME, en DVD (25 euros) et cassette VHS (20 euros), durée 70 mn, en vente dans les librairies Procure, Siloë.... Ce très beau film s’attache à l’un des sept moines enlevés, en retraçant la quête humaine et spirituelle de cet homme d’exception.
A lire également le remarquable ouvrage de Christian Salenson Prier 15 jours avec Christian de Chergé, prieur des moines de Tibhirine, Nouvelle Cité, 2006. A partir de textes du Prieur de Tibhirine, le Père Christian Salenson, directeur de l’Institut des Sciences et Théologie des Religions de Marseille nous livre une très belle méditation d’une grande profondeur théologique et spirituelle et nous ouvre à une spiritualité de la rencontre avec une autre religion et du dialogue au quotidien ; il nous invite à « être continuellement en état de Visitation, comme Marie auprès d’Elisabeth, pour magnifier le Seigneur de ce qu’il accomplit en l’autre… et en moi. »
2. Chrétiens en Algérie - un partage d’Espérance, Desclée de Brouwer, 2002.
Légende photo : A 500 mètres du monastère Notre-Dame de Tibhirine, on aperçoit l’école du village au pied du massif montagneux de Tamesguida. (Photo Pierre Laurent) Pour en savoir plus: L’association " Les amis de Tibhirine " , œuvre d’intérêt général, a pour but d’aider les habitants de la région de Tibhirine, dans le développement de projets collectifs ou individuels. Les dons sont à adresser à : Les amis de Tibhirine, Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle, 26230 Montjoyer (chèque à l’ordre de : l’association des amis de Tibhirine). L’association délivre pour les dons une attestation pour déduction fiscale. Pour tout renseignement, contactez Pierre Laurent : Phj.Laurent@wanadoo.fr
Pour dîner en famille en contentant petits et grands, rendez-vous à Richelieu-Drouot chez Aoba. Direct en métro (ou en bus, ligne 20), cette adresse asiatique réserve une surprise de taille ! «Vous mangez d'abord, vous payez après !» vous annonce-t-on à l'accueil. Banal ? Pas quand tout vous est proposé, des entrées aux desserts, en passant par les spécialités chaudes ou froides -sushis, rouleaux de printemps, canard laqué, brochettes yakitori, raviolis à la vapeur, etc.- à volonté pour un prix unique : 11,50 euros de 12 h à 14 h 30, et 14,50 euros de 19 h à 22 h 30, thé au jasmin compris ! Une seule condition, écrite noir sur blanc : «SVP, ne gaspillez pas ! Les assiettes gâchées seront facturées». Seules les boissons (jus de leechees frais ou de dattes rouges et lotus, bières chinoises et japonaises) vous seront comptées en sus. Sachant qu'à peine arrivés, on vous propose une table fumeur ou non fumeur (c'est devenu si rare !) dans un cadre clean mais chaleureux -bois clair et miroir-, que les buffets sont constamment réachalandés et que, si votre assiette copieusement garnie refroidit trop vite, un micro-ondes est à votre disposition, vous croirez rêver : vous êtes au Club Med d'Asie-sur-Seine !
106, rue de Richelieu, 75002 Paris. Tél. : 01 42 60 26 22.
Comment le comédien est-il venu à l'écriture ?
C'est plutôt l'inverse. Neveu de l'académicien Marcel Arland, je viens d'un milieu littéraire. Ma tante, Jeannine Arland était l'amie de Clara Malraux et de la fille de Gide, et François Nourrissier habitait la maison. Moi qui, de mère française et de père anglais (et de grand-mère irlandaise), n'avais pas eu d'instruction suivie pour cause de déplacements, je me suis ainsi rattrapé !
D'où vous vient cette paix, cette incroyable sérénité qui émane de vous ?
Il faut avoir la paix en soi avant de la transmettre aux autres. Si on est soi-même en état d'agitation, on ne peut pas aider les autres... D'où l'absolue nécessité de se mettre en paix. La Paix en Christ. Si on met le Christ en avant, c'est lui qui va mener la barque, et vous n'avez plus envie de faire l'imbécile ! La paix, c'est la première chose qu'Il a demandé à ses disciples à la Résurrection : çà a dû leur faire tout drôle, imaginez ! Cette apparition, quelle émotion incroyable…
Avez-vous été élevé dans la foi chrétienne ?
Ma conversion date de 1987. Maman avait fui, enfant, son couvent de religieuses catholiques, mais elle m'avait parlé du Christ. Mon père, protestant, ne pratiquait pas. C'est un musulman, au Maroc, qui m'a parlé de Dieu d'une façon que je n'ai pas oubliée. Là, j'ai commencé à chercher. Je faisais de la peinture. J'ai rencontré un père dominicain, qui m'a expliqué l'art et la Foi. Et une dame, aveugle, Denise Robert, qui est devenue ma marraine. Je lui avais dit chercher quelque chose de vrai, de pur. Elle m'a répondu : «Mais, mon coco, c'est Dieu que tu cherches !» Elle disait aux autres : «Non voyante, je peux vous parler, car vous ne pouvez pas me juger.» Et la paix, c'est dans ma nature. J'ai horreur de la violence ! J'ai beaucoup fréquenté le couvent Saint-Jacques, rue de la Glacière. Les conférences de ces gens m'ont fait un tel effet de vérité !
Votre humilité fait de vous un animal étrange, une curiosité de la nature, que les metteurs en scène et les réalisateurs savent très bien exploiter au cinéma dans des rôles insolites où l'on n'imagine personne d'autre... Le monde du théâtre m'a attiré par sa grande exigence, son audace. J'ai eu beaucoup de chance : celle d'être de toutes les premières mises en scène de Laurent Terzieff, de faire douze pièces (en vingt ans) avec Claude Rigy. Et puis de travailler avec Madeleine Renaud, de rencontrer Marguerite Duras, en 1968... Avec Marguerite, on s'entendait au-delà des mots, c'était assez extraordinaire. Elle disait : «Dieu, je n'y crois pas, mais j'En parle tout le temps !»
On vous a associé parfois à Jacques Dufilho dans la perception de cette «exception» : comédien hors norme ET chrétien... Avant, c'était : ne nous parlez pas de Dieu, ça nous embête ! Mais depuis la chute du Mur, ils sont tous à la recherche de la Vérité. Surtout les artistes. Ils ont besoin de justesse et de rêve. Ils sont très croyants dans leur art, mais pas dans la vie... Ils sont à la recherche du Beau.
Pierre Marcabru dit que votre humour tendre vous rend plus évangélique... Il y a beaucoup d'artistes qui ont la foi, mais ils restent discrets. Moi, on m'a demandé de témoigner... Alors, je me suis engagé dans le renouveau charismatique avec l'Emmanuel. Mais n'étant pas d'accord avec leur position sur l'Art, je préfère rester indépendant, garder ma liberté. La vie n'avance pas si on ne sacrifie pas quelque chose. Il faut continuer à chercher... Ce que j'aime, dans la Communauté de l'Emmanuel, c'est la fraternité. L'accueil. Prier les uns pour les autres... Quand on voit toutes ces J.M.J., il y a une ferveur extraordinaire chez les jeunes ! Il faut que l'Eglise y réfléchisse. Depuis Paul VI, les choses ont bougé. Il est le premier qui s'est «promené» à la rencontre des Mexicains, des Philippins, et à avoir changé, avant Jean-Paul II, le rapport du Pape avec son peuple. La silhouette de Paul VI, à l'ONU, à New York, s'avançant tout seul comme un oiseau blanc, est une image que je n'oublierai jamais. Il ne faut pas attendre que les gens viennent, il faut aller les chercher. Le témoignage, la présence aux autres, c'est essentiel. Mère Térèsa, l'abbé Pierre, Soeur Emmanuelle, ce sont eux qui font avancer l'Eglise.
Propos recueillis par Marie-Christine D. (*) : Oraisons (éd. Actes Sud) et Visites (éd. Arthème Fayard).
Lectures : Dt 18, 15-20, Ps 94, 1 Co 7, 32-35, Mc 1, 21-28.
(Homélie dominicale du 29 janvier 2006, messe de 11 heures).
Ce passage est la première scène de l’Evangile de Marc où l’on voit l’impact de Jésus sur les foules : il enseigne avec autorité. La semaine dernière, cette autorité se laissait deviner avec l’appel efficace des premiers disciples. Mais le mot même d’autorité n’était pas employé. Pourquoi ? Sans doute parce que c’est un mot piégé. À quoi sert l’autorité ? À faire grandir ou à écraser ? À sauver ou à perdre ? C’est peut-être la raison pour laquelle Marc ne nous dit rien de ce que Jésus enseignait.
Un homme, dans l’assemblée, intervient, qui pointe le problème. Marc nous prévient : il a un esprit impur. Sans doute est-ce pour nous rendre attentifs à ses propos, discerner dans ce qu’il dit son impureté. Mais n’allons pas trop vite ! Contentons-nous d’être de cette assemblée, de laquelle se lève un contradicteur. Il a un esprit impur, mais l’assemblée ne le sait pas. Un esprit ne se voit pas. Que celui ici qui a vu un esprit se manifeste ! L’intervention produit un choc, c’est sûr, on n’aime pas les perturbateurs. Si quelqu’un ici contestait ce que je suis en train de dire, tout le monde se sentirait mal à l’aise, moi le premier. Mais en même temps, on peut être sensible aux propos de cet homme, dans la mesure où il exprime un sentiment diffus chez beaucoup. Après tout, n’est-il pas d’ici, de Capharnaüm ? Jésus, lui, est d’ailleurs, de Nazareth : il n’est pas de chez nous ! Et ce qu’il dit n’est-il pas raisonnable ? Même le « es-tu venu pour nous perdre ? » car c’est une question, et une question légitime : Jésus ne propose-t-il pas, en définitive, un idéal inaccessible ? Une sainteté sans nous donner les moyens de la rejoindre ? Un idéal enfermant, plus que libérant ? N’allons pas trop vite, car si nous savons que cet homme a un esprit impur, il nous est difficile de discerner dans ses paroles son impureté. Comme si, en un sens, nous participions de cette impureté, incapables que nous sommes de l’identifier, faisant corps avec cet homme finalement, pas mécontents qu’un contradicteur assume la part de contradiction qui sommeille en chacun de nous, face à Jésus.
Comment Jésus réagit-il ? Comment se manifeste son autorité ? Face au volubile, il répond en deux mots, qu’on pourrait traduire : « Chut ! Dehors ! » pour rendre l’économie de sa parole. Tout de même, il est plus précis : « sors de lui ! ». Jésus divise, il est venu pour diviser. Non pas l’homme avec lui-même, ni l’homme et la femme, ni la famille, ce qu’il divise, c’est l’unité que voudrait l’esprit impur avec l’homme. « Sors de lui ! ». L’esprit impur sort, avec cette violence qui le caractérise, son inhumanité, violence qui du même coup rend la foule capable d’en reconnaître la présence. Jésus divise pour rassembler cette foule qui avait commencé à faire, vis-à-vis de lui, un pas en arrière. Elle se retrouve unifiée dans la confession de son autorité, une autorité désormais concrète, presque tangible : « il est capable de chasser les esprits impurs! » et la rumeur se répand à son propos dans toute la Galilée. Et tous viendront vers lui, démoniaques et malades, car il possède cette autorité qui délivre l’homme de ce qui le handicape, de ce qui infeste sa vie. L’autorité de Jésus est avant tout une autorité de parole. Pas de geste ici, seuls deux mots suffisent à chasser l’intrus. Comme autrefois Moïse avait annoncé que, de génération en génération, Dieu serait présent au peuple d’Israël, suscitant en son sein un prophète comme lui. Une autorité qui est celle de la parole de Dieu, capable de transformer nos mots les plus ordinaires. « Chut ! Dehors ! » rien de plus banal que ces mots, et pourtant tout est dit. Jésus s’y exprime autant que s’il dévoilait les plus grands mystères. Car ce qui transparaît dans ces mots, c’est lui-même : une vie tout entière pour la parole de Dieu, une parole qui est sa vie même. S’en écarter pour lui, c’est mourir.
Quand Moïse promettait un prophète comme lui pour assister le peuple d’Israël, il n’imaginait pas à quel point Dieu exaucerait ses paroles. Et nous non plus ! Car Jésus est venu, exauçant Moïse et le peuple d’Israël au-delà de ce qu’ils espéraient, transformant en particulier le mode de présence qu’ils envisageaient. Dieu n’est plus simplement présent dans un prophète, extérieur à nous-mêmes. Mais il est présent en chacun de nous, exerçant son autorité sur tout ce qui nous handicape, nous rabaisse et nous lie. Par le baptême, nous avons été plongés dans le Christ, nous sommes devenus un avec lui, prophètes comme lui, prêtres aussi, et rois. Chacun d’entre nous, en raison de son baptême, a l’autorité de Jésus, une autorité qui n’est pour abaisser mais pour faire grandir, pas pour perdre mais pour sauver. Peut-être doutons-nous encore de notre capacité à chasser les esprits impurs… Mais cette autorité est celle de la Parole de Dieu, et notre rôle à nous est de développer l’attitude intérieure permettant à la Parole de faire le ménage autour de nous, et en nous aussi. Rassemblés autour de l’autel, nous reprenons conscience de cette présence intérieure. Le geste d’assimiler, de manger et de boire, est une parabole de cette présence, qui croît à la mesure de notre communion à Jésus. Tous, par notre baptême, nous sommes porteurs de Jésus, de son autorité. Les uns pour les autres.
C’est ce que j’ai découvert ici. De Saint-Denys, on souligne souvent la qualité des relations, la chaleur. Restez-y quelques instants, vous serez intégrés. Ici on ne se regarde pas comme des étrangers, mais comme des amis, comme des frères. Ce pourrait être le fruit de bonnes natures ou d’éducations bien faites. Mais non ! L’amitié à Saint-Denys n’est pas d’abord naturelle, mais surnaturelle : sa source, c’est le Christ. Que sa parole résonne, et que chacun d’entre nous ait à cœur de l’entendre. Elle est pour lui, elle transforme son cœur, il aide ainsi toute la communauté à vivre davantage de façon fraternelle. Les uns pour les autres, c’est ce dont je veux témoigner. Prêtre, je le suis par grâce de Dieu. Mais votre amitié, votre chaleur, votre exigence aussi me l’ont fait devenir davantage. Je rends grâce à Saint-Denys pour ce que j’ai reçu ici, au Seigneur pour vous tous de Saint-Denys qui me donnent de continuer à porter la Bonne Nouvelle de Jésus.