Le Petit Cephalophore

lundi, février 27, 2006

Michael Lonsdale à Saint-Denys. Chrétien et comédien.

A l'écran pour Le Parfum de la Dame en noir lors de nos Journées d'Amitié qu'il a honorées de sa présence en novembre dernier, Michael Lonsdale est aujourd'hui à l'affiche du magistral Munich, de Steven Spielberg, où, sous des allures paternes, son inquiétant personnage tire finalement toutes les ficelles. Démiurge... Entre temps, le comédien et écrivain(*) a répondu avec beaucoup de gentillesse et de simplicité aux questions du Petit Céphalophore, de sa voix chaleureuse et si douce. Irradiant d'une paix aussi évidente que sa foi, qu'il offre d'emblée en partage.

Comment le comédien est-il venu à l'écriture ? C'est plutôt l'inverse. Neveu de l'académicien Marcel Arland, je viens d'un milieu littéraire. Ma tante, Jeannine Arland était l'amie de Clara Malraux et de la fille de Gide, et François Nourrissier habitait la maison. Moi qui, de mère française et de père anglais (et de grand-mère irlandaise), n'avais pas eu d'instruction suivie pour cause de déplacements, je me suis ainsi rattrapé ! D'où vous vient cette paix, cette incroyable sérénité qui émane de vous ? Il faut avoir la paix en soi avant de la transmettre aux autres. Si on est soi-même en état d'agitation, on ne peut pas aider les autres... D'où l'absolue nécessité de se mettre en paix. La Paix en Christ. Si on met le Christ en avant, c'est lui qui va mener la barque, et vous n'avez plus envie de faire l'imbécile ! La paix, c'est la première chose qu'Il a demandé à ses disciples à la Résurrection : çà a dû leur faire tout drôle, imaginez ! Cette apparition, quelle émotion incroyable… Avez-vous été élevé dans la foi chrétienne ? Ma conversion date de 1987. Maman avait fui, enfant, son couvent de religieuses catholiques, mais elle m'avait parlé du Christ. Mon père, protestant, ne pratiquait pas. C'est un musulman, au Maroc, qui m'a parlé de Dieu d'une façon que je n'ai pas oubliée. Là, j'ai commencé à chercher. Je faisais de la peinture. J'ai rencontré un père dominicain, qui m'a expliqué l'art et la Foi. Et une dame, aveugle, Denise Robert, qui est devenue ma marraine. Je lui avais dit chercher quelque chose de vrai, de pur. Elle m'a répondu : «Mais, mon coco, c'est Dieu que tu cherches !» Elle disait aux autres : «Non voyante, je peux vous parler, car vous ne pouvez pas me juger.» Et la paix, c'est dans ma nature. J'ai horreur de la violence ! J'ai beaucoup fréquenté le couvent Saint-Jacques, rue de la Glacière. Les conférences de ces gens m'ont fait un tel effet de vérité !

Votre humilité fait de vous un animal étrange, une curiosité de la nature, que les metteurs en scène et les réalisateurs savent très bien exploiter au cinéma dans des rôles insolites où l'on n'imagine personne d'autre... Le monde du théâtre m'a attiré par sa grande exigence, son audace. J'ai eu beaucoup de chance : celle d'être de toutes les premières mises en scène de Laurent Terzieff, de faire douze pièces (en vingt ans) avec Claude Rigy. Et puis de travailler avec Madeleine Renaud, de rencontrer Marguerite Duras, en 1968... Avec Marguerite, on s'entendait au-delà des mots, c'était assez extraordinaire. Elle disait : «Dieu, je n'y crois pas, mais j'En parle tout le temps !»

On vous a associé parfois à Jacques Dufilho dans la perception de cette «exception» : comédien hors norme ET chrétien... Avant, c'était : ne nous parlez pas de Dieu, ça nous embête ! Mais depuis la chute du Mur, ils sont tous à la recherche de la Vérité. Surtout les artistes. Ils ont besoin de justesse et de rêve. Ils sont très croyants dans leur art, mais pas dans la vie... Ils sont à la recherche du Beau.

Pierre Marcabru dit que votre humour tendre vous rend plus évangélique... Il y a beaucoup d'artistes qui ont la foi, mais ils restent discrets. Moi, on m'a demandé de témoigner... Alors, je me suis engagé dans le renouveau charismatique avec l'Emmanuel. Mais n'étant pas d'accord avec leur position sur l'Art, je préfère rester indépendant, garder ma liberté. La vie n'avance pas si on ne sacrifie pas quelque chose. Il faut continuer à chercher... Ce que j'aime, dans la Communauté de l'Emmanuel, c'est la fraternité. L'accueil. Prier les uns pour les autres... Quand on voit toutes ces J.M.J., il y a une ferveur extraordinaire chez les jeunes ! Il faut que l'Eglise y réfléchisse. Depuis Paul VI, les choses ont bougé. Il est le premier qui s'est «promené» à la rencontre des Mexicains, des Philippins, et à avoir changé, avant Jean-Paul II, le rapport du Pape avec son peuple. La silhouette de Paul VI, à l'ONU, à New York, s'avançant tout seul comme un oiseau blanc, est une image que je n'oublierai jamais. Il ne faut pas attendre que les gens viennent, il faut aller les chercher. Le témoignage, la présence aux autres, c'est essentiel. Mère Térèsa, l'abbé Pierre, Soeur Emmanuelle, ce sont eux qui font avancer l'Eglise.

Propos recueillis par Marie-Christine D. (*) : Oraisons (éd. Actes Sud) et Visites (éd. Arthème Fayard).

1 Comments:

  • Merci cher Monsieur Michael Lonsdale pour votre témoignage et votre communication de la beauté dans la paix. Merci de rendre d'autres personnes heureuses et fières de leur foi. Soyez béni ! Tous mes souhaits de bon courage au quotidien.

    Hélène

    By Anonymous Anonyme, at jeu. nov. 21, 09:15:00 AM  

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