Novembre 2007. L'éditorial du père Quinson.
Claudel, Le Soulier de satin, I, 6.
JAM 2007 : essai transformé !
Claudel, Le Soulier de satin, I, 6.
JAM 2007 : essai transformé !
C’est le 10 mars 1946, que Renata Martini, une jeune italienne de 23 ans, arrive à Paris pour travailler dans une famille, boulevard Beaumarchais : «Je ne savais pas un mot de français. Je ne comprenais pas la messe», confie-t-elle avec son joli accent chantant. Elle va à Saint-Denys, paroisse à laquelle elle restera fidèle pendant soixante ans. Renata se souvient : « Une petite vente de charité a commencé en 1947 dans la salle Saint-Denys. Sur une table étaient disposés des livres, de la brocante, des serviettes éponge et un peu d’alimentation ». Des décennies qui suivent, elle garde de nombreuses anecdotes. Au début des années 60, le curé demande aux enfants du KT d’apporter un petit paquet avec du thon ou des sardines à vendre ; ce que fait, bien volontiers, sa fille Francine. Mais la pêche n’étant pas miraculeuse, le curé précise que chaque lot doit être déposé avec le nom et l’adresse du donateur, pour confondre les avaricieux. Dans les années 70, Renata vend des fleurs naturelles, puis de la parfumerie, de la lessive, de la laque, sans compter les billets de tombola. «L’épicerie du quartier nous remettait des produits que l’on pouvait lui rendre si on ne les avait pas écoulés», précise-t-elle. En 1975, elle s’enhardit et décide d’aller demander des lots aux commerçants : « On nous donnait beaucoup et le curé allait remercier tous les commerçants, juifs pour la plupart ». Après avoir vendu des tissus, Renata se lance dans la fabrication de châles (« dorés et argentés pour Noël »), d’écharpes, de ponchos en laine. Suivent les coussins décorés de c amour, toute l’année durant.
Comme Renata Martini, Micheline de Dinechin évoque avec nostalgie l’atmosphère familiale et amicale d’autrefois. Tout le monde se connaissait alors : vendeurs et clients, issus du quartier. Micheline arrive, elle, au début des années 50 : «J’allais chercher de la confiserie chez un grossiste à Bobigny. On vendait des bonbons, des chocolats, de la confiture. Cela partait comme des petits pains!» Entre les stands, beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui, «circulaient des gamins en patins à roulettes ». Elle se souvient aussi « d’un énorme pot-au-feu que faisait Mme Martini le dimanche soir au presbytère… et après on dansait».
Simone Gilles découvre, pour sa part, les JAM en 1976 : « Un jour, le curé demande à mon mari si je pouvais tenir le comptoir des livres. Celui-ci lui répond que j’étais malade, ce à quoi le curé rétorque : « Elle sera guérie ! ». Et je le fus en effet. ». « Je vendais tous les Tintin de chez Casterman. Cela marchait très bien. Je démarchais les éditeurs qui nous offraient des livres. » Puis elle passe à la couture : « Je confectionnais des vêtements pour les petits, cela se vendait mieux qu’aujourd’hui. Maintenant, les enfants et les hommes sont habillés comme des as de pique ! » Elle évoque avec nostalgie l’époque où les petites filles portaient de jolies robes. « J’ai quinze petits enfants et treize arrière, je vois bien que la vie a changé. J’essaie moi aussi d’évoluer ». Cette année, sur son stand, on pourra aussi acheter des sacs qu’elle a co
nfectionnés au "goût du jour".
Pendant les JAM, vous retrouverez nos trois délicieuses vieilles dames, dans la travée droite de l’église : Renata aux torchons et serviettes, Micheline aux fripes et Simone aux vêtements pour enfants et… sacs. Un grand merci à toutes les trois du fond du cœur.
Sylvie H.
Images de la nef et du maître-autel avant Vatican II, ainsi que de la chapelle Sainte-Geneviève, avec ses ex-voto.
Les Journées d’Amitié ne sont pas en reste. Souvenir des équipées en camionnette Peugeot dans les montagnes vosgiennes pour dénicher dans les magasins d’usines des jouets en bois, des textiles, des bonbons et jusqu’à des herbes séchées. Souvenir des expéditions chez les faïenciers de Salbris pour y acheter au poids la porcelaine qui fera le bonheur des Parisiens. Longtemps bibliothèques et appartements ont pris le chemin des Journées d’Amitié, avec quelques perles comme cette édition Hetzel d’un Jules Verne, ou ce Benjamin Rabier (un des premiers auteurs de BD dans les années 20 avec son héros Gédéon le canard) et des objets improbables comme cette dent de narval sculptée qui restera longtemps sur les tables de la brocante d’Antoinette et Claude Moulier. Souvenir de ces photos des tranchées de 14-18 sur plaques de verre qui feront le bonheur d’un historien de passage. Les Journées d’Amitié se concentrent sur novembre mais prennent de l’ampleur… et sont accueillies dans la travée droite de l’église. La générosité des donateurs est grande et fait voyager nos visiteurs, les cadeaux « professionnels » des visiteurs de
porche de l’église…
Au cœur du succès toujours renouvelé des JAM : les visiteurs. Des paroissiens des origines nous sommes peu à peu passés, avec les affichettes des années 80, puis les invitations postées et, depuis quelques années, l’afflux des visiteurs conduits jusqu’ici par le site et la publicité sur Internet, à un nombre croissant de visiteurs plus habitués des brocantes que des messes dominicales. Mais c’est aussi cela
Les JAM ? J'ai essayé d'y participer en aidant sur un stand mais sans succès. "Je suis jeune, donc je ne sais pas faire", paraît-il. Ce n'est pas grave. Je continue à venir mais pour acheter seulement.
Une paroissienne de 80 ans.
biance sympathique ; toujours des choses à y trouver !
Le vide-grenier des JAM est l’un des plus sympas dans le quartier. Une bonne occasion pour faire circuler des tas de choses devenues inutiles et qui vont dépanner d’autres personnes.
Ce qui m’a plu l’année dernière c’est le petit coin bar-restaurant installé sur place. L’occasion de rencontrer des gens du quartier qu’on ne connaît pas. C’est bien plus qu’un vide-grenier classique.
C’est la seule fois de l’année que je mets les pieds dans une église. En arrivant de bonne heure, il y a de super affaires à faire !
Car ce qui motive ces « ouvrières », c’est l’amour de la paroisse. C’est pour elle que se révèlent les talents (« en vingt ans, j’ai essayé d’évoluer avec les besoins… et j’ai vécu plusieurs expériences ! »), c’est pour elle que l’on se « donne », c’est pour elle que l’on compte, le soir, pièces et billets patiemment gagnés dans la journée, avec une jubilation pas toujours «très catholique»: «Je veux de l’oseille ! C’est une joie fantastique d’accumuler le fric. Comment arrivons-nous à faire des sommes pareilles ? Pour moi, c’est miraculeux!»
Mais l’argent ne doit pas tromper : le souci de réussir financièrement n’entame en rien, ou si peu!, la joie première de célébrer ensemble cette « sorte de fête de famille » que sont les Journées d’Amitié. « Pendant trois jours nous allons retrouver des visages connus, des paroissiens d’hier, des prêtres d’avant-hier, des amis de toujours et puis ceux de demain. » «Ah, ces Journées d'Amitié ! Que d’angoisse de les voir arriver de nouveau ; mais aussi que de plaisir à la perspective de passer trois jours avec des personnes que l’on retrouve à cette occasion, et d’autres, fidèles à notre stand, qui sont devenues au fil du temps de vraies amies.» «C’est une bonne occasion d’intégrer les catéchumènes : ainsi Gérard, toujours fidèle à notre stand depuis dix ans ; et Eric, récemment baptisé, qui vient en tant qu'expert» «Une grande richesse d’échange et de partage : je me souviens d’un paroissien, muté dans le Pacifique, venu se ravitailler en livres et cassettes pour soutenir sa prière loin de Paris et de ses coutumes... » Qu’en disent nos jeunes recrues ? «Les JAM sont, je pense, une très bonne chose pour la paroisse car elles permettent de rapprocher les paroissiens.» «Participer à la vie paroissiale m’a fait très plaisir et permis de rencontrer du monde autour d’un lieu convivial comme le stand de crêpes. C’est une expérience très intéressante. Nous avons beaucoup ri, beaucoup discuté… et loupé quelques crêpes!»
Le souci est constant enfin d’accueillir le visiteur, « le mieux possible », « avec le sourire ». «Mon message : c’est un témoignage d’amour, un lien de charité.»
Les JAM… M pour « mission » ?
Dominique T.
Le banquet final : l'ultime épreuve, toujours réussie, de Jacqueline et Françoise.
Aude de Kerros dresse un vaste panorama de tout ce que l’AC occulte à l’extérieur de lui-même : tel un trou noir, l’AC eut l’ambition de plonger dans l’invisibilité peintres, sculpteurs, graveurs… comme si l’heure des installations, des performances et du Design sonnait le glas des créateurs d’œuvres uniques et singulières où la main transfigure la matière pour incarner l‘idée dans l’accomplissement d’une forme. De là naît « l’aura » si caractéristique d’un art de la présence puisque « représentation » signifie rendre à nouveau présent. L’AC apparaît, au contraire, comme un art de l’absence.
Un des apports du livre est de déployer la toile de fond américaine pour comprendre comment nos intellectuels ont cautionné un «art» qu’ils croyaient révolutionnaire et qui s’avère en fait outrageusement mercantile. Face à une politique culturelle française qui, croyant rivaliser avec New York, joue systématiquement contre son camp, c’est, paradoxalement, l’Amérique qui sort grandie. Si en France, le soutien officiel à l’AC a délégitimé l’Art-art, outre-Atlantique l’AC est une expression parmi d’autres, qui assume la cause de la diversité culturelle dont New-York se veut la capitale : Paris a raté le coche, devenir le pôle complémentaire, celui qui consacre l’Art, au sens originel du mot.
Dans la vaste littérature sur l’AC, rares sont les ouvrages (comme celui-ci) écrits par un artiste et donnant le point de vue des exclus de l’art officiel. Si Aude de Kerros parle de l’Amérique, elle y est allée, si elle évoque les dissidents de cet art contemporain, c’est qu’elle les fréquente. Au milieu du scepticisme et du découragement, une poignée de résistants a essayé de tenir le pinceau ou le burin d’une main et la plume de l’autre.
A lire ce livre, on se convainc aisément que le travail formel, qui est le propre de l’artiste véritable, est un antidote à la pensée totalitaire, celle qu’ont développée les sociétés libérales à leur insu.
Christine Sourgins
Aude de Kerros en compagnie du poète Frank Widro, auteur du recueil "Les Premiers jours d'un converti" (éd. Frank W., ), qui nous ont fait l'amitié de venir dédicacer leurs ouvrages.
Madeleine Riffaud, héroïne de la Résistance et fidèle paroissienne de Saint-Denys, a également eu la générosité de venir nous présenter le DVD de Jorge Amat sur "Les Héros de la Résistance" et de dédicacer son livre "Les Linges de la nuit" (éd. Presses de la Renaissance, 2005).
Parmi les trois nouveaux, il y a Pierre Nguyen, 23 ans, envoyé par l’évêque de son diocèse, au sud d’Hanoi, Vietnam, pour se former en France. Il a déjà passé un an au séminaire de Paray-le-Monial et un autre à étudier la philosophie. Pierre prévoit de retourner dans son pays après son ordination. «C’est grâce à mes parents et à ma grand-mère que s’est révélée ma vocation», dit-il avec reconnaissance.
Philippe Néouze, également 23 ans. Après une maîtrise en finances, ce Parisien passe une année à
Frédéric François est l’aîné des « nouveaux » (33 ans). Il y a onze ans, une conversion forte oriente sa vie vers un désir de s’engager dans la mission. C’est à travers des initiatives à la fois artistiques et humanitaires, entre
A 23 ans, Robert Sabak est le benjamin des « anciens ». Né d’une famille chaldéenne du sud de
Jérémy Rigaux, 26 ans, est également en deuxième année. Ingénieur en économie statistique, ce fils unique a le sentiment d’avoir reçu à Saint-Denys, «un accueil très personnel et de faire partie de la famille». «Porté par la communauté», il a le souci de «transmettre à son tour la qualité particulière de l’élan missionnaire qui se vit ici».
Après six ans passés chez Peugeot-Citroën comme ingénieur, une expérience qui le nourrit aujourd'hui, Arnaud Mongin, 33 ans, est heureux de reprendre une nouvelle année à Saint-Denys. Arnaud a le "désir de partager une vraie charité avec les paroissiens". Il trouve «très beau de se rencontrer autour d’un repas» et se dit «ouvert à toute invitation fraternelle, dans la simplicité»!
Cyrille Novi, l’aîné du clan (37 ans). A douze ans, alors qu’il visitait la Trappe de Soligny, il perçut la grâce «à travers un visage, dans le silence…» En 2000, Jean-Paul II «agenouillé à Jérusalem devant le Mur des Lamentations» finit de réconcilier ce responsable informatique avec l’Église. Baptisé à 33 ans, Cyrille approche les personnes polyhandicapées dans un foyer de l’Arche. Aujourd’hui, il fait le KT pour les CE2.
Cécile L.V.
Les séminaristes attelés aux "basses" œuvres dans la cave de la salle Saint-Tarcisius, à l'issue des JAM. Ce n'était pas prévu au cursus ! Mais puisque le curé et le vicaire donnent l'exemple...
Nul doute qu’il saura aussi nous transmettre tout à la fois la profondeur de sa spiritualité et l’expression confiante d’une foi, plantée tout là-bas dans l’incompréhension jamais résignée des plus extrêmes pauvretés.
Jean-Louis B. B.
Site des oeuvres pontificales missionnaires en Haïti : mission.cef.fr/
Dessin d'Emmanuel Gervais Ducasse