Aux anciens : Que dire de cette première année de séminaire ?
As-tu changé ?
Charles, 22 ans : « Je
pressentais que j’allais aimer la paroisse ! Ça a été une joie immense, cette
année, de descendre de ma chambre et de tomber sur des paroissiens. Il y avait
là quelque chose sur la disponibilité qui était géniale. Nous sommes formés par
les paroissiens que nous rencontrons, c’est évident. La confiance qu’ils
mettent en nous nous rend proches, en particulier dans les intentions de prière
qu’ils nous confient. Leur prière nous est aussi d’un soutien dingue ! La
vie communautaire ? Immensément difficile et très chouette : c’est un défi
immense parce que ça change sans cesse, et c’est très beau car c’est le
Seigneur qui veut que nous vivions ensemble pour nous convertir
ensemble. Ce que j’ai aimé en ce début d’année, c’est qu’on n’a pas senti
de distance entre les anciens et les nouveaux. On sent une envie commune de
faire communauté. » Et aux Bernardins ? « Tout va bien ! »
Cette
année, Charles sera en charge du groupe scout et du KT CM1, avec la préparation
à la communion. Un mot aux paroissiens ? « Invitez-nous à dîner, en toute
simplicité ! Une simple assiette ajoutée à la table : c’est ainsi que l’on
rencontre les familles... »
Joseph Duc, 30 ans. « Mes moments de joie, cette année, c’était quand on se
réunissait avec les paroissiens, pour la messe et la louange ou pour le repas
de la fête paroissiale, au Parvis vert, lorsqu’on a dit au-revoir au père
Thibaut et à Etienne. J’ai aussi progressé en français à la Catho. Je peux
suivre le cours de Révélation divine et le cours sur saint Matthieu aux
Bernardins. C’est difficile. J’enregistre et je réécoute après. Je prends aussi
quelques notes par écrit, en français. Les séminaristes et les prêtres de la
Maison sont gentils et m’aident à progresser. A Paris, nous sommes 5
séminaristes vietnamiens. De temps en temps, nous avons des moments d’échange
pour partager les difficultés... et un repas vietnamien ! Cet été, je suis
retourné au Vietnam pour visiter ma famille. J’ai raconté ma vie en France. Ils
sont fiers de moi. Je reviens avec enthousiasme pour cette deuxième année
! »
Joseph sera en charge du KT CE2 à Saint-Denys.
Thomas, 22 ans. « Cette année a confirmé ma vocation militaire. J’ai vécu un
mois cet été avec Foucault dans les Troupes de montagne, à Grenoble. Nous avons
passé notre « qualification montagne » : j’ai maintenant le droit de
partir en montagne avec l’armée, un droit tout à fait nécessaire à un aumônier
militaire qui veut accompagner les hommes ! Sinon, l’année a été très difficile
car je ne me suis pas fait à la vie parisienne : ça ne s’arrête jamais, le
bruit est permanent, et le rythme du séminaire, qui offre un dimanche
après-midi de repos, ne me convient pas car ma famille est loin, je n’ai aucun
ami parisien, donc aucune possibilité de « souffler » hors du
séminaire. Mais cette rentrée a montré une belle dynamique de Maison : les
nouveaux ont été bien accueillis. C’est une belle année en perspective, malgré
un contexte un peu tendu... Les cours de philo ? Il faut y passer. Je me donne
à fond pour pouvoir aborder ensuite la théologie. Pour être un bon prêtre, il
faut être un bon théologien ! Le curé d’Ars, qui a eu de graves difficultés au
séminaire avec le latin, mais est devenu un bon théologien, m’est d’une grande
consolation... C’est mon modèle. »
Cette année, Thomas sera chargé des
lycéens de l’aumônerie du Marais. Un mot aux paroissiens ? « Je m’en
remets à leur prière et prie pour eux ! »
Valentin, 30 ans. « Entre
l’année propédeutique et cette première année, il y a eu de gros changements !
En Propé, on vit retiré du monde et là, on revient dans le monde, avec un
rythme effréné, un peu difficile. J’ai beaucoup réfléchi au rapport au temps.
Il faut tout « optimiser ». C’est un problème de l’époque qui a gagné
l’Eglise, qui pourrait être un lieu où il n’y a plus de recherche de
performance mais seulement le lieu où l’on vit dans un objectif de conversion.
Il a fallu rencontrer tout le monde. Il y a eu ainsi de très belles rencontres,
notamment au KT CM1, où les enfants sont très demandeurs, et avec les servants
de messe, dont j’avais la charge. Je continue d’ailleurs avec eux cette année,
pour approfondir ce que nous avons bâti ensemble. Sinon, j’ai été
surpris : il n’y a pas trop de culture d’invitation à dîner dans la paroisse.
Dommage ! N’hésitez pas à inviter un ou deux séminaristes : les mardis et
jeudis sont les jours les plus propices. Pour ma part, j’aime bien les petits
comités, je suis plus à l’aise. Aux Bernardins, c’était un peu trop intense. On
n’acquiert pas seulement des connaissances, mais des éléments profonds qui nous
remuent à l’intérieur et nos enseignants ne se rendent pas toujours compte de
ça. C’est à la fois nourrissant et remuant, donc très fatigant. Dans le souci
de nous former le mieux possible, on en rajoute, on en rajoute. Pour moi, je
cherche d’abord la conversion. Côté Maison, je suis très content d’accueillir
les nouveaux qui nous apportent de la fraîcheur. L’an dernier, nous avons vécu
de beaux moments et d’autres plus difficiles qui nous perturbent tous. Ce sont
les épreuves propres à notre temps. Très content aussi d’accueillir le nouveau
vicaire, très différent du père Thibaut, que nous aimions beaucoup.
Cette année, outre mon apostolat auprès des servants de messe,
j’aimerais, avec Marie-Eve, inviter les paroissiennes à monter une petite
chorale avec les séminaristes (c’est pourquoi il nous faut deux-trois voix
féminines). L’idée serait par exemple de chanter pendant l’offertoire, en solo.
J’attends vos candidatures ! »
Grégoire, 25 ans. « Ce fut une année de découverte,
de prise de marque dans les différents lieux de notre mission : les cours, le
séminaire de Paris, la Maison et la paroisse. Il m’a fallu un an pour me sentir
bien à l’aise partout. Une grande joie a été de voie comment l’étude et la
prière ont pu nourrir mes apostolats, le KT et l’aumônerie, et ma vie
personnelle. La vie communautaire aussi connaît des joies et des difficultés :
à dix dans une même maison, on choisit de vivre ensemble, de s’élever dans la sainteté
ensemble. C’est difficile parce que nous sommes tous différents ; c’est aussi
une joie de vivre cette fraternité, et de repartir cette année avec une
communauté renouvelée sur la base de ce que nous avons construit l’an dernier.
J’ai été aussi content de découvrir la vie paroissiale. J’ai été frappé par son
aspect priant et sa dimension familiale : on se connaît, on a à cœur
d’accueillir les nouveaux, il y a une dimension missionnaire qui grandit. Joie
encore de découvrir la philo et de suivre les cours d’Ecriture sainte pour
recevoir une formation intellectuelle globale.
Cette année, je vais essayer de
lancer une messe des jeunes (des lycéens aux jeunes pros) le dimanche soir. Une
messe orientée vers les jeunes, que ce soit dans le service de la liturgie, dans
l’homélie, dans l’accueil. La messe sera suivie d’un apéro et de discussions
tous ensemble. Je suis très heureux de repartir à Saint-Denys pour cette année
! Plus encore aujourd’hui, on a besoin de prier les uns pour les autres, dans
une communauté ouverte. »
Aux nouveaux : Que souhaites-tu dire de toi-même et de ta
vocation ?
Mezir (ou Mazighe) M., 49 ans, d’origine algérienne kabyle. « J’ai reçu
le baptême en 2012, à 34 ans, à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, à la
suite de ma maman et de ma sœur aînée. A plusieurs reprises, Maman s’était vu
refuser le baptême par des prêtres, à cause de ses origines mais surtout de sa
grande piété qui pouvait leur faire peur. C’est une amie qui l’a aidée à
trouver quelqu’un qui accepterait de la baptiser. Bien avant son baptême, un jour, ma mère
avait communié (quand on agit par amour pour le Seigneur, tout est acceptable,
dès lors que le cœur et l’intention sont pures) et un homme portugais était
venu la trouver : « J’ai entendu en songe que vous
n’étiez pas baptisée, lui dit-il. Allez au Sacré-Cœur ! » C’est là, en effet, que la mère supérieure des
Bénédictines du Sacré-Cœur-de-Montmartre a accompagné maman vers le baptême. Ma
sœur aînée a reçu le baptême avec elle. J’étais de mon côté encore en
cheminement. La célébration fut magnifique. Je me suis dit : « Tu es
croyant, tu as la foi : pose un acte à la suite du Christ, de ta mère et de ta
sœur aînée ! » Il faut aller au-delà de la pensée humaine pour marcher
vers l’invisible dans l’accueil du Seigneur. Lors du baptême, une présence
réelle se pose dans nos cœurs ; quelque chose se produit vraiment,
physiquement, spirituellement, dans un « oui » véritable. Et après
mon baptême, ma petite sœur et mes deux petits frères, qui nous accompagnaient
à la messe, ont été baptisés à leur tour... Au moment de mon baptême, j’étais
producteur artistique. Ce milieu m’a paru alors trop artificiel. Ma dernière
production fut une œuvre écrite par Michael Lonsdale : « Yallah (c’est-à-dire « en
marche ») sœur Emmanuelle ! » Or, j’avais choisi
« Emmanuel » comme prénom de baptême... J’y ai vu un signe pour
changer de vie. Par le baptême, nous sommes tous appelés à être prêtre,
prophète et roi. Donc, la question du prêtre se pose. Je voulais donner ma vie
au Christ, j’étais plein de feu. On m’a dit « Laisse retomber un peu... » Ma sœur m’a proposé de la rejoindre dans l’hôtellerie.
Pendant 17 ans, j’ai donc tenu avec elle un hôtel dans le quartier de
Parmentier. Beaucoup de boulot, beaucoup de rencontres. Un beau lieu
d’évangélisation ! Mais la question de l’appel demeurait. A 20 ans, j’avais
reçu un premier appel, très fort, mais que je n’avais pas compris (c’était 15
ans avant mon baptême !). J’avais dans le cœur cette volonté : « Je veux
être Jésus. » Mais qu’est-ce que ça voulait dire ? Et puis le 27 octobre
2022, il y a quatre ans, le Seigneur s’est rappelé à moi. Je marchais pour
aller à la messe en disant mon chapelet et j’ai eu une forte motion intérieure
qui me demandait de rejoindre le Seigneur comme prêtre. Encore un signe :
pendant la messe, le célébrant n’avait pas retenu les textes du jour mais
choisi l’évangile « Je te ferai pêcheur d’hommes » pour parler
ensuite de la vocation. A suivi un temps d’Adoration autour de la question de
l’appel. J’ai compris que cette motion était vraie... L’an dernier, je suis
entré en Propédeutique et me voici ! »
Cette année, Mezir sera en charge
du catéchuménat. Un mot aux paroissiens ? « Je déteste qu’on me parle de
« vocation tardive ». Il n’est jamais trop tard : tout est possible
pour l’Homme car rien n’est impossible à Dieu ! »
Julien B-H., 26 ans. Parisien, élève de Saint-François-de-Sales, benjamin d’une
famille de trois enfants, ingénieur en Génie mécanique et industriel.
« J’ai fait Arts et Métiers à Cluny, dans l’abbaye (c’était très agréable
!), études que j’ai interrompues par une année de césure dans la Marine
nationale, en Mer rouge. J’y ai appris la vie en communauté. C’était très
formateur, j’avais des matelots sous mes ordres : une vraie expérience humaine.
Ça m’a secoué. Les relations hiérarchiques sont très
particulières. Techniquement, je conduisais toutes les installations : le
moteur, mais aussi l’eau douce et l’électricité. Une grande responsabilité !
Pendant plus de trois mois, moi qui étais un habitué des offices, je n’ai pas
eu accès à la messe, sauf durant une escale à Djibouti, où j’ai pu assister à
une messe de semaine célébrée par un aumônier militaire. Cela a radicalement
changé mon expérience de la prière et ma relation à Dieu. A bord, en effet, beaucoup
de chose me manquaient (ma famille, mes amis, mon pays,... le saucisson !) mais
le pire, c’est que je me sentais un chrétien seul, sans Eglise, sans aucun
accès aux sacrements. Donc cette messe a été extraordinaire, comme une escale
religieuse. Au milieu du désert, je me suis rendu compte que j’avais soif, soif
de spiritualité. De retour à Cluny, j’ai terminé mes études en me spécialisant
dans la filière « bois », et j’ai fait mon stage chez MBDA,
l’industrie de l’armement, au service « létalité ». Tout en étant
convaincu de la nécessité d’une armée, je me sentais mal à l’aise.
Immédiatement après, je suis entré en Propédeutique. L’appel, je l’avais
entendu adolescent, vers 13 ans. Déjà lors de ma première communion, j’étais
tout fier en aube et j’avais eu ce mot : « Maman, je crois que je suis à fond dans Dieu. » J’ai toujours eu la certitude de vivre en relation avec
Dieu, toujours été convaincu de la réalité de la Providence. Je vis avec ce qui
m’est donné. Et la question de la prêtrise ne m’a jamais quitté depuis qu’un
prêtre, à l’aumônerie, nous avait proposé d’y penser. On s’était dit avec un
ami, en rentrant chez nous : « Finalement, si on
ne trouve pas de boulot, on pourrait devenir prêtre. » J’ai été scout, servant de messe, puis en Seconde, j’ai un
peu lâché l’Eglise pour la musique, jusqu’à ce qu’à la fin de l’année, un ami
me propose de venir jouer de la guitare pour animer une messe. J’ai joué, puis
j’ai chanté, puis je suis devenu « grand clerc » pour préparer les
servants de messe. 1 an, puis 2, puis 3... Je revenais à la messe et ça me
plaisait. 2023 : Lisbonne, les JMJ. J’y vais en traînant les pieds avec
l’aumônier des chefs scouts. Une expérience spirituelle folle ! C’est la
première fois que je parle de la question de la vocation à des amis très
proches. On revient des JMJ en passant par la chapelle jésuite de Loyola. J’y
ai prié. Dans une vive émotion, j’ai prié : « Je veux bien faire ce que Tu veux, mais dis-le moi
clairement. » Je m’ouvrais à la possibilité
d’être prêtre. L’année suivante, j’entrais dans la Marine. J’avais demandé un
signe et j’ai obtenu l’absence de signe, ce désert au milieu duquel j’ai eu si
soif. C’est a posteriori que j’ai compris que l’aridité de ces trois mois en mer
était le signe que j’attendais. En rentrant à Cluny, je décide qu’il me faut
décider et en décembre 2024, ma décision est prise d’entrer au
séminaire. »
Cette année, Julien sera en charge du Parcours Alpha et du KT
CM2. Un mot aux paroissiens ? « N’ayez pas peur de votre foi et
laissez-vous faire ! »
Benjamin M., 21 ans. (Quoique malade, il nous a fait parvenir son
témoignage.) « Je suis le benjamin d’une fratrie de trois enfants,
originaire d’Audigny, petit village de 270 habitants dans l’Aisne : un vrai «
pur campagnard », profondément attaché à sa terre et à ses racines. Après mon
baccalauréat général, obtenu au lycée Condorcet de Saint-Quentin, j’ai commencé
à discerner l’appel que Dieu avait déposé dans mon cœur. Cet appel s’est
manifesté d’une manière particulière, à travers un songe qui m’a profondément
bouleversé. Désireux de discerner ce que Dieu attendait de moi, j’ai vécu une
année à l’École de Vie Don Bosco, à Trie-Château, dans le diocèse de Beauvais.
Cette année de césure m’a appris la vie communautaire, la prière, le service,
la transmission auprès des jeunes et, plus largement, la vie chrétienne. J’ai
ensuite commencé une licence de philosophie à Reims, en vivant au Foyer
Saint-Sixte, foyer chrétien œcuménique. Cette année m’a permis de comprendre
combien l’esprit de l’Évangile était nécessaire dans notre monde et a fait
grandir en moi le désir de donner ma vie au Christ.
La propédeutique s’est
alors ouverte à moi et a confirmé cet appel. Après mes années de séminaire à
Paris, j’ai à cœur de servir ma terre, le diocèse de Soissons, Laon et
Saint-Quentin. Je rends grâce à Dieu pour cet appel et pour l’Église qui m’a
pris dans ses bras de mère et me donne le désir de vivre le séminaire pour
aimer et servir. »
Propos recueillis par Dominique Th.