Le Petit Cephalophore

lundi, juin 22, 2026

La collection de Jean-Luc Quênot au musée de la Visitation à Moulins

Exposition "Trésors de papier"

Savez-vous qu’il existe à Moulins-sur-Allier un musée unique, non pas en France comme il est modestement indiqué sur le panneau accroché à la grille d’entrée, mais en Europe ? C'est le musée de la Visitation. Il n’existe en effet nulle part ailleurs aucune structure similaire ni pour l’ordre de la Visitation (1), ni pour aucun autre grand ordre religieux.

Pourquoi Moulins ? Moulins, capitale du Bourbonnais, est rapidement devenue une ville clé pour l’ordre de la Visitation. En 1616, elle accueille sa troisième fondation qui, grâce à Marie-Félicie Orsini, veuve du duc Henri II de Montmorency, assignée à résidence à Moulins par le Roi en 1634, connaît un rayonnement et une influence considérables. Aujourd’hui encore, une communauté de religieuses de la Visitation Sainte-Marie y poursuit son œuvre.

Pourquoi ce musée ? Fondé en 1992, au moment même où le monastère de Moulins était menacé de fermeture, ce musée s’est fixé pour objectif de devenir le centre patrimonial européen de cette institution monastique en recueillant en dépôt les archives et les objets d’intérêt artistique, culturel et historique que lui confieraient les monastères, notamment en cas de fermeture, afin de les sauvegarder, de les faire connaître, et d’en assurer la préservation selon les règles de l’art. 

Objectif atteint grâce à l’inlassable dévouement de ses directeurs-fondateurs, MM. Gérard PICAUD et Jean FOISSELON, puisqu’aujourd’hui, le musée collabore avec 93 monastères répartis en France et dans le monde entier, et que ses collections comptent plus de 20 000 œuvres, dont l’intérêt réside non seulement dans leur richesse, leur état de conservation exceptionnel et leur caractère inédit, mais aussi dans les informations précieuses qui les accompagnent et sont à l’origine de nombreuses publications. Outre leur présentation par rotation dans dix salles permanentes, le musée propose en effet chaque année depuis 2007 une exposition temporaire thématique dont le « catalogue » fait le bonheur des chercheurs, des bibliophiles et des simples amateurs.

L’exposition 2026, « Trésors de papier » : pour sa vingtième exposition annuelle, le musée a choisi, sous ce joli titre imagé, de mettre en lumière les « objets de dévotion » créés par les religieuses visitandines pour décorer chapelles et oratoires situés en clôture de leurs monastères et accompagner leurs dévotions.

Les « objets de dévotion » diffèrent des objets liturgiques, qui sont définis canoniquement, ils traduisent l’élan spirituel de celles et ceux qui les ont façonnés du 17ème au 20ème siècle. Chaque pièce respire et matérialise la foi de son créateur en Dieu et en ses saints.

L’exposition, qui sera pour la plupart de ses visiteurs la révélation d’un patrimoine méconnu, met en avant les reliquaires (2) et une technique particulière, celle des papiers roulés.

Un cadre reliquaire est une boîte, en carton ou en bois, profonde de quelques centimètres, fermée par une vitre. À l’intérieur, des bandes de papier hautes de 1 à 5 millimètres sont découpées, puis enroulées pour former spirales, cœurs ou volutes avant d’être collées sur le fond de la caisse souvent recouverte d’une belle étoffe de soie ou d’un papier coloré. Les outils nécessaires sont simples : une tige fendue autour de laquelle les bandes sont enroulées, des gabarits percés de trous pour calibrer les spirales et les motifs, une pince pour positionner et maintenir les éléments. Enfin, une machine à froncer permet d’obtenir des bandes plissées avec des effets d’accordéon réguliers. La colle, souvent de peau animale sous l’Ancien Régime, fixe ces éléments minuscules. 

Ainsi enroulé, découpé, assemblé, le papier devient rinceau, bouquet, élément d’architecture, voire oiseau. Fruit de la patience infinie, de la précision du geste, du sens aigu de la couleur et de la composition des religieuses visitandines.

       

Rarement présentés dans les musées, ces objets surprenants touchent immédiatement le visiteur, qui ne peut qu’être frappé et émerveillé par le nombre incalculable de petits rouleaux de papier utilisés pour chaque œuvre et s’interroger sur le temps nécessaire à son achèvement. Un temps qui ne peut se mesurer et qui, dans les vies consacrées à Dieu des religieuses, ne compte plus et se confond avec le temps de prière.

Les œuvres exposées proviennent en majorité des collections du musée, mais aussi de prêts et de dons, dont celui, en particulier, de la collection de Jean-Luc QUÊNOT, qui fut un paroissien fidèle et dévoué de Saint-Denys-du-Saint-Sacrement.

C’est en 2006, à l’occasion d’une vente aux enchères, que Jean-Luc avait découvert l’existence de ces travaux de papiers roulés, aujourd’hui communément et improprement désignés sous le vocable de paperoles.

Jean-Luc avait été immédiatement séduit, comme amateur, et touché, comme croyant, par le raffinement de ces objets à la croisée de l’art, de l’artisanat et de la spiritualité. Pendant 20 ans, avec passion, patience et intelligence, il a su constituer une exceptionnelle collection d’une quarantaine de pièces, à même de « compléter de manière remarquable la collection déposée au musée de la Visitation » selon les mots mêmes de ses directeurs. Après la disparition brutale de Jean-Luc, le 7 septembre 2025, sa collection a été offerte au musée dans son intégralité, conformément au souhait qu’il avait exprimé.

A cette époque, la préparation de l’exposition et la publication du livre étaient déjà bien avancées, mais sincèrement touchés, MM. PICAUD et FOISSELON, commissaires de l’exposition, ont spontanément remis l’ouvrage sur le métier afin de donner une place aux œuvres de la collection de Jean-Luc, dont la moitié environ est présentée dans les vitrines de l’exposition. 

Jean-Luc n’aurait pas été peu fier, à juste titre, de savoir que c’est un motif de bouquet de fleurs de l’un de ses reliquaires qui a été retenu pour illustrer la magnifique affiche de l’exposition.


Comme chaque année, l’exposition est accompagnée de la publication non pas d’un classique catalogue qui se limiterait à l’énumération et à la description des pièces exposées, mais d’un véritable livre d’art (3), au titre malicieux, richement illustré, qui « donne à comprendre » en les replaçant dans leur contexte spirituel et en en dévoilant la fonction, la symbolique et l’usage.

Vous l’aurez compris, cette exposition sensible et spectaculaire est un événement inédit qui permet de découvrir près de deux cents œuvres étonnantes et qui révèle, derrière la délicatesse du papier, la force d’une vie consacrée. Vous aurez à cœur d’aller la visiter et, pour ceux qui l’ont connu et apprécié, de contribuer ainsi à l’hommage rendu à Jean-Luc.

Alain Lévy


Renseignements pratiques : https://www.musee-visitation.eu/publication/papier-roule/

Hôtel Demoret, 83, rue d’Allier, 03000 Moulins ; du mardi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h ; le dimanche et les jours fériés de 15 h à 18 h.

Ne manquez pas non plus de compléter votre visite par celle des collections permanentes du musée. Les immeubles qui l’abritent sont situés dans un des îlots les plus anciens et les mieux conservés de la ville médiévale, ce que l’on nommait « l’isle des palais » à la fin du XVIIe siècle.

1) L’ordre de la Visitation est un ordre contemplatif fondé en 1610, peu après la fin des guerres de religion. Il est né de la rencontre de deux êtres d’exception que l’Église a canonisés : François de Sales, évêque de Genève (né en 1567, mort à Lyon le 28 décembre 1622 ; béatifié en 1661, canonisé en 1665, déclaré docteur de l’Église en 1877), et Jeanne-Françoise Frémyot, épouse de Chantal (jeune mère devenue veuve, née en 1572, morte le 13 décembre 1641 à Moulins où elle était venue rencontrer une nouvelle postulante - Marie-Félicie Orsini, duchesse de Montmorency, précisément ; béatifiée en 1751, canonisée en 1767). L’Ordre a pour but de donner à Dieu « des filles d’oraison », sans grandes austérités ni grands offices, les fondateurs prônant le détachement heureux de toutes choses. L’union à Dieu par la prière est à la fois la source et le but de l’existence spirituelle et monastique.

2) Le culte des reliques s’enracine aux origines du christianisme autour des tombes des saints. Cette très ancienne tradition de prier – voire de célébrer l’eucharistie – sur la sépulture des martyrs explique qu’aujourd’hui encore des reliques soient scellées sous la pierre d’autel, d’ailleurs longtemps façonnée en forme de tombeau ou de sarcophage. Après la Réforme, le Concile de Trente (1545-1563) réaffirme leur importance tout en encadrant strictement leur authentification.

3) Laissez rouler les petits papiers. Pratiques de dévotion à la Visitation, 2026, 312 p. et 360 illustrations couleur, 42 €. Le livre peut être acheté à Paris, au Monastère de la Visitation, 68 avenue Denfert-Rochereau, 14ème (tél. 01 43 27 12 90) où quelques exemplaires ont été déposés (téléphoner auparavant pour convenir d'un RV).

dimanche, juin 07, 2026

Le départ du père Thibaut : Adoration et fête au Parvis vert



Discours de Sylvie H., au nom de tous les paroissiens

 

Merci père Thibaut !

« Ba moins en tibo, deux tibo, trois tibo doudou,

Ba moins en tibo, deux tibo, trois tibo d’amou,

Ba moins en tibo, deux tibo, trois, tibo,

Ba moins tout ça oulé, pou soulagé cœu moi. »

Je reprends ce tube des années 70 de La Compagnie créole pour saluer le père Thibaut d’origine martiniquaise. Le Seigneur nous a donné un tibo en effet… (ce qui signifie « petit baiser » en créole) et il nous l’a repris pour notre plus grande tristesse.

Celui-ci m’a demandé si « le cœur des pleureuses » serait présent le jour de son départ. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que les pleureuses sont bien là ? Je pense que oui car j’ai fait une récolte de mots auprès de tous les paroissiens qui disent tout le bien qu’ils ont pensé de lui.

Voici les mots que vous avez utilisés pour le définir :

souriant ; plein d’humour ; bienveillant ; à l’écoute ; blagueur ; amateur d’œufs pochés (la paroissienne se reconnaîtra) ; jovial ; sympathique ; ouvert ; espiègle ; bon enfant ; apaisant ; drôle ; taquin ; distrait – je ne sais pas si c’est une qualité, peut-être… ; joyeux ; chaleureux ; gourmand ; généreux ; un homme libre ; proche des gens ; fraternel ; sensible ; réconfortant ; empathique ; aimant.

Avec une mention spéciale pour ses homélies exceptionnelles dont chacun m’a parlé pour souligner combien elles étaient incarnées dans son expérience personnelle et reliées à notre quotidien.

 Cher tibo, les paroissiens sont heureux de te remettre cette cagnotte qui te permettra, je l’espère, de programmer de belles vacances et de revoir peut-être l’île aux mille fleurs, que j’affectionne moi aussi étant née à Fort-de-France. Tu trouveras plein de petits mots « d’amour » pour soulager notre cœur. Sois heureux dans ta prochaine paroisse, pas trop loin de nous heureusement ! 







Discours de remerciements du père Thibaut

Vous m'avez permis d'être moi-même

Après six années passées comme vicaire à Saint-Denys du Saint-Sacrement et formateur au Séminaire de Paris, je souhaiterais vous remercier chaleureusement.

N'attendez pas à ce que je donne une liste de noms pour remercier, comme cela se fait pendant les Oscars, sinon je devrais citer toute la paroisse.

Il y a un adage bien connu qui dit : « Le bien ne fait pas de bruit ». Eh bien, cet adage peut s'appliquer à cette paroisse, car sous un aspect de petite communauté se cache une vie intérieure profonde, d'entraide, de prière et de Vie. Voilà ce que j'ai découvert auprès de vous.

Ces six années passées à vos côtés ont vraiment été une joie. Oh, bien sûr, comme dans chaque famille, il y a des moments d'énervement, d'incompréhension et de fatigue. Mais j'ai toujours ressenti auprès de vous, et je parle aussi bien de la communauté paroissiale que de mes frères prêtres ou des séminaristes, un soutien et une douceur.

Vous m'avez appris à espérer et à avoir confiance. Il m'arrivait de partir battu sur un événement que je devais organiser en disant : « Ça ne marchera jamais, il n'y aura personne », et vous étiez là, présents. Ou lorsque je devais prendre la parole en public, animer le groupe biblique, préparer un sacrement devant des parents ou rédiger une homélie difficile, compliquée. Vous avez toujours été présents pour me soutenir dans les moments où je manquais de confiance.

Mais au-delà de ce soutien, vous avez fait quelque chose de bien plus précieux encore : vous m'avez permis d'être moi-même. Dans un ministère où l'on peut parfois se sentir tenu à un rôle, à une image, à une perfection que l'on ne peut jamais tout à fait atteindre, vous avez accueilli mes maladresses, mes doutes, mes limites, avec une bienveillance désarmante. Vous ne m'avez jamais demandé d'être autre chose que ce que j'étais. Et c'est un cadeau immense, peut-être le plus beau que l'on puisse offrir à quelqu'un. Car c'est précisément cela qui m'a donné confiance en moi.

Pas la confiance artificielle de celui qui réussit tout, mais la confiance profonde de celui qui sait qu'il est aimé tel qu'il est, avec ses forces et ses fragilités.

Grâce à vous, j'ai appris à m'accepter, à avancer sans craindre le regard des autres, à oser, dans la prédication, dans le service, dans la relation. Vous m'avez fait grandir, non pas en me poussant à devenir quelqu'un d'autre, mais en m'aidant à devenir pleinement moi-même.

Alors, oui, merci.

Je souhaiterais aussi vous remercier plus particulièrement de votre amitié, de votre gentillesse, de votre compréhension, de votre douceur, de votre soutien, de votre présence et, évidemment, de votre prière lorsque j'en ai eu besoin.

On dit souvent que c'est dans les épreuves de la vie que l'on reconnaît ses amis. Eh bien, comme le dirait le Christ :  je ne vous appelle plus mes paroissiens, mais mes amis.

Je tiens également à remercier tout particulièrement le curé, le père François Lainé, pour ces cinq années passées à ses côtés. François, tu as fait preuve à mon égard d'un soutien sans faille, dans les moments de joie comme dans les moments plus difficiles. Tu m'as aidé, tu m’as épaulé, tu m’as accompagné. Grâce à toi, j'ai pu grandir dans ma mission de formateur au séminaire et approfondir mon identité de prêtre. Ces années à tes côtés ont façonné le prêtre que je suis aujourd'hui, et je t'en suis profondément reconnaissant. Merci aussi pour tes prières, je sais qu'elles m'ont porté bien plus souvent que je ne le soupçonnais.

Je tiens également à remercier tous les séminaristes qui, cette année, m'ont soutenu lorsque j'étais fatigué. Vous avez pris soin de moi, à commencer par m'aider à monter ces quatre étages jusqu’à mon appartement. Merci pour vos prières, merci de m'avoir permis d'apprendre et de comprendre certaines choses, notamment en liturgie. Merci aussi aux séminaristes chaldéens, qui m’ont permis de découvrir une communauté, belle et priante. Merci pour votre humour, qui a souvent rendu les journées plus légères. Et merci surtout de m'avoir permis d'être un père pour vous. Je rends grâce aussi au Seigneur de m'avoir donné de voir en vous les fruits de son amour. Oui, merci de m'avoir permis de grandir à vos côtés.

Mère Teresa avait écrit : « L'essentiel n'est pas dans ce que nous disons, mais dans ce que Dieu nous dit et dans ce qu'il transmet par notre intermédiaire. »

J'espère que durant ces six années de ministère exercé à vos côtés et au séminaire, le Christ s'est servi de moi pour vous faire grandir dans votre foi, pour poser des bases solides, pour que vous soyez de véritables chrétiens profondément ancrés dans le Christ. Et aussi pour vous montrer que le Christ vous aime, car moi, en tout cas, je vous ai aimés, vous tous ici présents.

Mais dans tout ce que je viens de dire, il y a quand même un bémol. Certaines personnes avaient reçu une mission et ne l'ont pas accomplie. Vous me connaissez : je suis un homme de bonne constitution, de bonne volonté, ouvert à tout, je ne rechigne jamais devant l'adversité.  Je suis un homme en fait presque parfait. Et j'avais espéré grandir dans le chant, voire même devenir un grand ténor… et voilà que toutes mes illusions s'effondrent. Vous n'avez pas réussi. Peut-être pour le bien de tous, j'en conviens mais oui, je suis déçu.

Non, vraiment, je tiens à vous remercier du fond du cœur. Et ce n'est pas parce que je quitte la paroisse que je vous oublierai. Je continuerai évidemment à prier pour vous.



 

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