Le Petit Cephalophore

dimanche, juin 07, 2026

Le départ du père Thibaut : Adoration et fête au Parvis vert



Discours de Sylvie H., au nom de tous les paroissiens

 

Merci père Thibaut !

« Ba moins en tibo, deux tibo, trois tibo doudou,

Ba moins en tibo, deux tibo, trois tibo d’amou,

Ba moins en tibo, deux tibo, trois, tibo,

Ba moins tout ça oulé, pou soulagé cœu moi. »

Je reprends ce tube des années 70 de La Compagnie créole pour saluer le père Thibaut d’origine martiniquaise. Le Seigneur nous a donné un tibo en effet… (ce qui signifie « petit baiser » en créole) et il nous l’a repris pour notre plus grande tristesse.

Celui-ci m’a demandé si « le cœur des pleureuses » serait présent le jour de son départ. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que les pleureuses sont bien là ? Je pense que oui car j’ai fait une récolte de mots auprès de tous les paroissiens qui disent tout le bien qu’ils ont pensé de lui.

Voici les mots que vous avez utilisés pour le définir :

souriant ; plein d’humour ; bienveillant ; à l’écoute ; blagueur ; amateur d’œufs pochés (la paroissienne se reconnaîtra) ; jovial ; sympathique ; ouvert ; espiègle ; bon enfant ; apaisant ; drôle ; taquin ; distrait – je ne sais pas si c’est une qualité, peut-être… ; joyeux ; chaleureux ; gourmand ; généreux ; un homme libre ; proche des gens ; fraternel ; sensible ; réconfortant ; empathique ; aimant.

Avec une mention spéciale pour ses homélies exceptionnelles dont chacun m’a parlé pour souligner combien elles étaient incarnées dans son expérience personnelle et reliées à notre quotidien.

 Cher tibo, les paroissiens sont heureux de te remettre cette cagnotte qui te permettra, je l’espère, de programmer de belles vacances et de revoir peut-être l’île aux mille fleurs, que j’affectionne moi aussi étant née à Fort-de-France. Tu trouveras plein de petits mots « d’amour » pour soulager notre cœur. Sois heureux dans ta prochaine paroisse, pas trop loin de nous heureusement ! 







Discours de remerciements du père Thibaut

Vous m'avez permis d'être moi-même

Après six années passées comme vicaire à Saint-Denys du Saint-Sacrement et formateur au Séminaire de Paris, je souhaiterais vous remercier chaleureusement.

N'attendez pas à ce que je donne une liste de noms pour remercier, comme cela se fait pendant les Oscars, sinon je devrais citer toute la paroisse.

Il y a un adage bien connu qui dit : « Le bien ne fait pas de bruit ». Eh bien, cet adage peut s'appliquer à cette paroisse, car sous un aspect de petite communauté se cache une vie intérieure profonde, d'entraide, de prière et de Vie. Voilà ce que j'ai découvert auprès de vous.

Ces six années passées à vos côtés ont vraiment été une joie. Oh, bien sûr, comme dans chaque famille, il y a des moments d'énervement, d'incompréhension et de fatigue. Mais j'ai toujours ressenti auprès de vous, et je parle aussi bien de la communauté paroissiale que de mes frères prêtres ou des séminaristes, un soutien et une douceur.

Vous m'avez appris à espérer et à avoir confiance. Il m'arrivait de partir battu sur un événement que je devais organiser en disant : « Ça ne marchera jamais, il n'y aura personne », et vous étiez là, présents. Ou lorsque je devais prendre la parole en public, animer le groupe biblique, préparer un sacrement devant des parents ou rédiger une homélie difficile, compliquée. Vous avez toujours été présents pour me soutenir dans les moments où je manquais de confiance.

Mais au-delà de ce soutien, vous avez fait quelque chose de bien plus précieux encore : vous m'avez permis d'être moi-même. Dans un ministère où l'on peut parfois se sentir tenu à un rôle, à une image, à une perfection que l'on ne peut jamais tout à fait atteindre, vous avez accueilli mes maladresses, mes doutes, mes limites, avec une bienveillance désarmante. Vous ne m'avez jamais demandé d'être autre chose que ce que j'étais. Et c'est un cadeau immense, peut-être le plus beau que l'on puisse offrir à quelqu'un. Car c'est précisément cela qui m'a donné confiance en moi.

Pas la confiance artificielle de celui qui réussit tout, mais la confiance profonde de celui qui sait qu'il est aimé tel qu'il est, avec ses forces et ses fragilités.

Grâce à vous, j'ai appris à m'accepter, à avancer sans craindre le regard des autres, à oser, dans la prédication, dans le service, dans la relation. Vous m'avez fait grandir, non pas en me poussant à devenir quelqu'un d'autre, mais en m'aidant à devenir pleinement moi-même.

Alors, oui, merci.

Je souhaiterais aussi vous remercier plus particulièrement de votre amitié, de votre gentillesse, de votre compréhension, de votre douceur, de votre soutien, de votre présence et, évidemment, de votre prière lorsque j'en ai eu besoin.

On dit souvent que c'est dans les épreuves de la vie que l'on reconnaît ses amis. Eh bien, comme le dirait le Christ :  je ne vous appelle plus mes paroissiens, mais mes amis.

Je tiens également à remercier tout particulièrement le curé, le père François Lainé, pour ces cinq années passées à ses côtés. François, tu as fait preuve à mon égard d'un soutien sans faille, dans les moments de joie comme dans les moments plus difficiles. Tu m'as aidé, tu m’as épaulé, tu m’as accompagné. Grâce à toi, j'ai pu grandir dans ma mission de formateur au séminaire et approfondir mon identité de prêtre. Ces années à tes côtés ont façonné le prêtre que je suis aujourd'hui, et je t'en suis profondément reconnaissant. Merci aussi pour tes prières, je sais qu'elles m'ont porté bien plus souvent que je ne le soupçonnais.

Je tiens également à remercier tous les séminaristes qui, cette année, m'ont soutenu lorsque j'étais fatigué. Vous avez pris soin de moi, à commencer par m'aider à monter ces quatre étages jusqu’à mon appartement. Merci pour vos prières, merci de m'avoir permis d'apprendre et de comprendre certaines choses, notamment en liturgie. Merci aussi aux séminaristes chaldéens, qui m’ont permis de découvrir une communauté, belle et priante. Merci pour votre humour, qui a souvent rendu les journées plus légères. Et merci surtout de m'avoir permis d'être un père pour vous. Je rends grâce aussi au Seigneur de m'avoir donné de voir en vous les fruits de son amour. Oui, merci de m'avoir permis de grandir à vos côtés.

Mère Teresa avait écrit : « L'essentiel n'est pas dans ce que nous disons, mais dans ce que Dieu nous dit et dans ce qu'il transmet par notre intermédiaire. »

J'espère que durant ces six années de ministère exercé à vos côtés et au séminaire, le Christ s'est servi de moi pour vous faire grandir dans votre foi, pour poser des bases solides, pour que vous soyez de véritables chrétiens profondément ancrés dans le Christ. Et aussi pour vous montrer que le Christ vous aime, car moi, en tout cas, je vous ai aimés, vous tous ici présents.

Mais dans tout ce que je viens de dire, il y a quand même un bémol. Certaines personnes avaient reçu une mission et ne l'ont pas accomplie. Vous me connaissez : je suis un homme de bonne constitution, de bonne volonté, ouvert à tout, je ne rechigne jamais devant l'adversité.  Je suis un homme en fait presque parfait. Et j'avais espéré grandir dans le chant, voire même devenir un grand ténor… et voilà que toutes mes illusions s'effondrent. Vous n'avez pas réussi. Peut-être pour le bien de tous, j'en conviens mais oui, je suis déçu.

Non, vraiment, je tiens à vous remercier du fond du cœur. Et ce n'est pas parce que je quitte la paroisse que je vous oublierai. Je continuerai évidemment à prier pour vous.



 

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