40 ans : témoignages de six anciens séminaristes
P. William-Jean de Vandière, curé de ND-de-Grâce
« Mon premier souvenir ? Quand nous sommes arrivés, on a passé notre temps à refaire la peinture et surtout à vider des bennes entières de déchets. » Le père William-Jean de Vandière a essuyé les plâtres au sens propre comme au figuré. Séminariste de la première promotion de la Maison Saint-Denys, ouverte par le père Gonzague Chatillon et son vicaire Jean-Pierre Batut, en 1985, il inaugurait à la fois la Maison et le premier cycle. Le deuxième cycle du séminaire de Paris ne sera ouvert que cinq ans plus tard, « aussi, après la 2ème année, nous sommes allés à Issy-les-Moulineaux. Presque tout se déroulait à la Maison dans la salle du rez-de-chaussée, car il y avait très peu de cours à l’Ecole cathédrale. On était en immersion à la paroisse. J’étais en mission au KT pour l’école Sainte-Geneviève mais aussi à Saint-Paul-Saint-Louis, car à l’époque il y avait bien peu de paroissiens à Saint-Denys. Ce qui était déjà bien vivant en revanche, c’étaient les Journées d’Amitié ! Mme Brunau les organisait et nous, les séminaristes, nous donnions un grand coup de main pour la mise en place et le rangement... » Le père Chatillon était l’âme de cette nouveauté, une âme de pasteur très à l’écoute de ce qui se passait. ». « J’ai compris que la vocation de prêtre va de pair avec celle de déménageur, j’ai eu l’impression pendant deux ans de ne pas arrêter...il y en avait partout, la maison, les chapelles, la sacristie... ». Le père de Vandière plus tard deviendra responsable de la Maison Saint-Séverin puis du séminaire de Bruxelles. « A l’époque il y avait une électricité complètement défaillante et un éclairage effroyable avec une lumière verte de tue-mouche, on ne voyait rien. C’était une église très sombre. »
Propos recueillis par Philippe Th.
P. Augustin Deneck, curé de Notre-Dame-de-la-Gare
J’ai eu la chance de vivre mes deux premières années de séminaire entre 1995 et 1997 à la Maison de Saint-Denys-du-Saint-Sacrement. Ces années ont été importantes pour mon enracinement spirituel et humain, sous la direction du père Daniel Ponsard, aidé de ses trois vicaires, les pères Brice de Malherbe, Michel Gueguen et Olivier de Cagny. Ce qui m’a profondément marqué, c’était l’accueil bienveillant des paroissiens. Il y régnait une véritable entraide, une chaleur humaine qui m’a soutenu dans mes premiers pas de séminariste, période souvent remplie de questionnements. Grâce à Jacques Gouband, j’ai appris à chanter les psaumes, à en maîtriser les temps et les répons, ce qui a enrichi ma vie liturgique. Jean et Gisèle Bonnani ont également joué un rôle précieux. Leur attention constante et leur soutien m’ont beaucoup touché. Je garde en mémoire le refrain de Gisèle : « Pas de misérabilisme », une invitation à prendre soin de soi, même dans les débuts parfois modestes du séminaire. Ces années ont été ponctuées de moments simples mais marquants : jouer de la guitare pour les enfants du KT à l’école Sainte-Geneviève toute proche, les nombreux dîners chez les paroissiens, où toute la maison du séminaire était conviée. Un souvenir particulièrement fort reste le soutien reçu lors d’une épreuve personnelle : en mars 1997, j’ai perdu mon frère dans un accident de voiture. La communauté paroissiale et les séminaristes m’ont alors entouré de leurs prières et de leur présence, un véritable témoignage de fraternité chrétienne. Lors des fêtes du séminaire, nous préparions des sketches. Un séminariste, très enthousiaste, voulait absolument que le père Ponsard participe à l’un d’eux. Ce dernier, toujours bienveillant et soucieux de notre croissance spirituelle, accepta avec humour. Il enfila une sorte de djellaba pour incarner une « babouchka » dans notre sketch. C’est alors qu’un visiteur sonna à la porte, demandant à voir le curé. Le père Brice de Malherbe l’accueillit et, sans se démonter, présenta le père Ponsard vêtu de sa djellaba ! Une scène cocasse qui illustre bien l’esprit familial et joyeux qui régnait dans notre maison du séminaire.
Propos recueillis par Katarina K.
P. Nicolas Troussel, curé de Sainte-Jeanne-de-Chantal
« Les années Saint-Denys sont deux années très importantes dans mon parcours car je ne connaissais pas bien l’Eglise de l’intérieur. Cela a beaucoup compté pour conforter ma décision de devenir prêtre après mon chemin de conversion qui ne m’avait pas encore rapproché de la vie paroissiale. J’en ai découvert la beauté dans sa diversité de personnes. Je repense aux deux Marie-Hélène qui m’avaient beaucoup touché. J’ai le souvenir d’une messe de Noël où l’un des prêtres avait pris soin d’un gars de la rue qui était dans un état épouvantable. Il l’avait emmené dans les salles paroissiales, l’avait dégrisé, douché, rhabillé et ils étaient revenus. Ça m’avait énormément marqué de voir ces charités concrètes, invisibles mais qui portent la communauté. Je me rappelle du KT du mercredi avec Michel Gueguen et Antoine d’Augustin. La vie communautaire était forte de belles personnalités qui me réjouissaient pour l’Eglise. La personnalité de Michel Cailles était très attachante et très rassurante, décomplexante. Ça faisait du bien d’avoir des figures de prêtre avec des personnalité très libres et si variées. »
Propos recueillis par Philippe Th.
P. Philippe Néouze, aumônier général au collège Stanislas
On se souvient de son large sourire et de son enthousiasme communicatif. Déjà charismatique (il avait été choisi, avec Maxime Deurbergue, futur vicaire à Saint-Denys, pour tourner dans « Au nom du Père », un documentaire sur trois séminaristes de et avec Virginie Ledoyen). On n'est donc pas surpris de le retrouver seize ans après aumônier général à Stanislas (4000 élèves !). De sa « rentrée » en 2007 à sa « sortie » en 2009, Philippe se remémore une période dont l'exigence sur le plan des études était tempérée par la présence en paroisse. « Deux découvertes pour moi, importantes et fondatrices. Un temps d'enracinement qui a confronté mon désir personnel d'être prêtre à des réalités. Je me suis senti chez moi, à ma juste place. Et pour le quotidien de la Maison, un temps de grâce dans la vie fraternelle avec Jérémy, Arnaud, Michael... Et Paul Quinson, pour moi une figure marquante ! C'est à lui que j'ai demandé de remettre ma chasuble lors de mon ordination. » A Saint-Denys, Philippe s'est occupé des servants d'autel et du groupe JMJ, qu'il a accompagné à Sidney. « Extraordinaire expérience ! » Sa relecture de ces deux très belles années reflète pour lui la bonne idée de Lustiger : « La respiration entre l'étude et la paroisse, qui en fait découvrir toutes les facettes et comble le besoin de voir des gens, dans leur diversité. On a l'impression de faire partie de leur famille. Un lieu où on célèbre la fête liturgique... et où on fait la fête ! On a beaucoup chanté, sous la direction de Jacques Gouband. L'animation de la Semaine Sainte reste l'un de mes meilleurs souvenirs ! »
Propos recueillis par Marie-Christine Delacroix
P. Louis-Marie Drago, vicaire à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou :
« Pendant les deux premières années de séminaire, notre lien à la paroisse est très particulier. C’était la première fois que j’habitais dans une paroisse ! J’ai compris à quel point c’est une famille. On a l’impression que les gens sont chez eux à Saint-Denys et qu’ils nous accueillent. On les rencontre souvent dans la rue, ou au presbytère, comme Jean-Marie et Marie-Hélène. Mon souvenir le plus marquant reste le confinement. C’était très particulier de vivre tous ces offices sans personne. Nous étions comme au monastère : une communauté très soudée dans la prière pour ceux qui ne sont pas là avec nous... Le père Tardy avait décrété deux films par semaine avec apéro. Mais quel film ? Cela entraînait de grandes discussions. C’était le fruit d’un discernement : que faut-il changer dans notre mode de vie pour que tout aille pour le mieux ? Et cela a bien resserré nos liens. L’ambiance dans la Maison était fraternelle. J’ai un bon souvenir des petits déjeuners avec les paroissiens. Les paroissiens entrent ainsi dans la Maison du séminaire. Le lien est très fort et renforce notre proximité avec eux. Et puis, c’est une paroisse d’élection : on sent que les gens choisissent de venir à la messe là, aussi parce que c’est une Maison. C’est là que j’ai créé le plus de liens avec des paroissiens. »
Propos recueillis par Dominique Th.
Guillaume de Coincy, diacre à Notre-Dame-de-la-Gare :
« En 1ère et 2ème année, les séminaristes, en paroisse, sont vraiment comme dans un cocon. Ils forment un corps qui est familier aux paroissiens. C’est plus facile : on n’est pas le seul, l’unique, celui que l’on regarde. A Saint-Denys, j’ai le souvenir que nous étions très choyés par les paroissien(ne)s, régalés de gâteaux et de chocolats. Isabelle W. avait une boîte « spécial cookies » pour nous. Je me souviens aussi de Jacqueline, qui préparait les repas Alpha dans de grosses marmites. J’y ai vécu le changement de père de Maison, qui était aussi un changement de style ! Le père François est organisé. On a repeint le salon de la Maison, embelli par un tapis offert par un marchand juif, quitte à verser de la peinture sur la vaisselle. Nous avons aussi vécu la période Covid, avec les cours à distance dans la bibliothèque. C’était une période triste et difficile car on voyait moins les paroissiens et que nous étions toujours un peu les uns sur les autres, confinés en bibliothèque. La Maison Saint-Denys, c’est aussi génial pour faire de la musique, jouer de l’orgue avec Thierry. C’est chaleureux d’être en paroisse ensemble, de s’intégrer ensemble. »
Propos recueillis par Dominique Th.



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