Sculpter le socle-reliquaire de Carlo Acutis
Les paroissiens de Saint-Denys connaissent bien Jacques Jarrige, à qui ils doivent, entre autres, la Crèche du parvis ou le lustre qui illumina un temps de l'entrée de l'église. Mais savent-ils vraiment (sa modestie et sa discrétion dussent-elles en souffrir !) qu'il est un grand artiste, exposé internationalement de galeries en musées, de Paris à New-York en passant par Hambourg et tout récemment Cologne, où son installation « Passion » a investi toute la cathédrale ? C'est donc bien évidemment à celui qui partage son temps entre son atelier de création à La Queue-en-Brie, et un hôpital psychiatrique à St-Maur-des-Fossés, où il anime un atelier artistique depuis une trentaine d'années, que le père François a commandé un socle pour la statue de Carlos Acutis.
Jacques : Historiquement, je suis le socleur de la paroisse ! J'ai réalisé le socle de la Vierge du chœur, à la demande du père Paul Quinson, puis celui de la statue originale de N.-D. du Marais à celle du père Roger Tardy, qui m'a aussi chargé de créer un présentoir d'informations, que j'ai confectionné avec des chutes de l'ancien parquet !
Le Petit Céphalophore : Au-delà du fait que vous avez réalisé ces socles bénévolement, la question vient de la position d'un artiste, habitué à exposer ses propres œuvres dans le monde entier, confronté à la réalisation d'un « support » destiné à présenter l'œuvre d'un autre...
J. : Quand le Père François m'a demandé : « Es-tu prêt à faire le socle de la statue de Carlo ? Il faut la mettre en valeur », j'ai répondu oui. Un peu précipitamment, ai-je pensé ensuite. Car après avoir dit « me voici », je me suis retrouvé dans la difficulté d'un rapport direct avec l'objet à créer et l'évaluation un peu floue de ce que souhaitait notre curé. Je me souviens qu'il a parlé des phrases de Carlo. Je pense que pour lui, dès le début, il s'agit d'un saint inspirant pour les jeunes, pour le catéchisme... Ce n'est pas pour rien qu'il a été béatifié aussi rapidement ! En réfléchissant à la proposition de phrases gravées, je ne me voyais pas sous-traiter avec un graveur... Et tout à coup, après un cheminement assez étrange comme souvent dans mon travail, je pense à pyrograver les phrases dans le bois ! Soudain, la présence de la parole de Carlo, comme si les mots avaient été tracés par lui-même et en français, comme si lui-même les avait écrits pour les enfants, comme un tag, s'impose comme une évidence. Parole vivante !
L.P. C. : Vous « teniez » votre socle. Restait le choix du bois...
J. : J'ai utilisé du chêne, que j'ai patiné en harmonie avec la boiserie de la paroi. L'enjeu était de faire ressortir les phrases. D'autant que je n'avais pas pensé d'emblée qu'il y aurait un reliquaire. Le Père François me l'a demandé dans un deuxième temps. Là, tout à fait sens pour moi ! L'objectif de placer une relique dans le socle m'a fait toucher du doigt quelque chose qui peut parler aussi à ceux qui sentent qu'ils sont devant une présence. Cette relique, un cheveu, c'est la mère de Carlo qui l'a donnée ! Mon geste du socle s'inscrit dans la mise en valeur d'une part de l'incarnation de Carlo, à la manière de Jésus qui s'est incarné pour nous sauver et nous signifier que notre incarnation est le projet de Dieu. Je comprends que le message de Carlo Acutis passe par son incarnation à la suite du Christ. Et cela doit être une vraie découverte pour les autres, comme pour moi. Moi qui adore les Béatitudes (heureux les innocents, les pauvres de cœur...), je l'ai vu comme une grâce. Je me sens dans cette disposition.
Propos recueillis par Marie-Christine D.
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