Retrouvailles eucharistiques
Jennifer

Je me souviens du jour où la messe a repris, au terme du confinement. C’était le 24 mai à 9h30. Le père Tardy a dit que c’était comme s’il célébrait sa première messe. Naturellement, il célèbre la messe tous les jours, mais les paroissiens ont dû lui manquer aussi. Véritablement, l’Église forme un seul corps. Pour nous aussi, c’était comme si c’était notre première communion.
Cette année, j’ai commencé le parcours Alpha. Le confinement l’a interrompu alors qu’il restait 3 séances, repoussées en septembre. Avant le COVID, on m’avait confié un topo sur « Dieu guérit-il toujours ? ». Le sujet tombait très à propos. J’ai pu mettre à profit le confinement pour méditer et travailler cette question. Évidemment, la situation sanitaire, les personnes à l’hôpital, la souffrance liée à la maladie et aux conséquences de l’isolement étaient autant de sujets de prière et de réflexion. J’ai beaucoup pensé aux violences conjugales relatées dans les médias et aux femmes qui ont peut-être peur d’être privées de l’eucharistie si elles quittent un foyer dangereux pour elles*. Cela m’a préoccupée.
Qu’est ce qui a changé dans ma trajectoire spirituelle ? Sans doute le confinement a t-il renforcé ma certitude que pour le reste de ma vie, dans la peine ou dans le bonheur, je ne pourrai me passer de la recherche de la présence du Christ. Je partage avec vous une phrase de Kafka : « L’Homme ne peut pas vivre sans une confiance constante en quelque chose d’indestructible en lui ».
Il y a en effet quelque chose d’indestructible en moi. C’est le Christ.
Propos recueillis par Agathe R.
* NDLR : Ce n'est pas le divorce qui remet en cause l'accès au sacrement eucharistique, mais le remariage après divorce. Aux yeux du droit canonique et de L'Eglise, en effet, le mariage, qui est lui-même un sacrement, est indissoluble et rend par conséquent impossible un second mariage du vivant du conjoint. Ce remariage constituerait alors une atteinte au sacrement. C'est la raison pour laquelle une procédure en nullité du mariage est possible devant le juge ecclésiastique. Une fois le "premier" mariage déclaré nul, un mariage est à nouveau possible devant l'Eglise.
Cyril
Est-ce qu’être privé de messe durant le confinement a changé quelque chose dans ma vie spirituelle ? La messe m’a manqué, mais j’ai vécu ça sereinement car je suis resté connecté de multiples manières. D’abord, par la lecture de la mystique Maria Valtorta : « L’Évangile tel qu’il m’a été révélé ». On m’a offert cette œuvre magistrale en… 10 tomes (!) avant le COVID et cela m’a beaucoup plu, car il s’agit d’une révélation qui illustre la vie du Christ de détails inédits dans les Évangiles. L’écoute de Radio Notre-Dame et les retransmissions de Radio Vatican m’ont également aidé à rester en communion avec l’Église. Et puis, je pouvais me rendre à l’église Saint-Paul qui était ouverte toute la journée. Enfin, j’étais en contact avec plusieurs paroissiens par téléphone. Mais ce qui m’a réellement manqué, c’est l’adoration du Saint Sacrement que les paroissiens de Saint-Denys peuvent habituellement pratiquer le matin. J’ai connu des épisodes de jeûne eucharistique dans ma vie, en particulier lors de voyages. Ce n’était donc pas une situation inédite. J’ai beaucoup pensé à des pays, notamment la Chine, où l’on vit comme une habitude le fait d’être privé de messe.
C’est véritablement une chance d’être libre de vivre sa foi.
Propos recueillis par Agathe R.
La famille M.
Anciens paroissiens, les M. sont restés très attachés à Saint-Denys. Caroline confie : « Notre premier enfant a été baptisé en 2004 par le père Quinson, et nous avons beaucoup apprécié l’accueil et l’élan de Saint-Denys. La présence des séminaristes a particulièrement marqué nos deux aînés, Charles et Raphaël, qui ont été très heureux de les rencontrer au catéchisme et dans la vie paroissiale, ainsi que le père Tardy. Ayant dû déménager dans un autre quartier de Paris, nous sommes demeurés très proches de cœur. » Le confinement ? « Un temps lumineux, familial… après des débuts prudents nous avons pu vivre de bons moments d’échange et d’amitié avec les familles de notre immeuble. Le premier mois s’est vraiment bien passé, et nous avons plutôt bien accepté les frustrations. Nous avons vécu avec patience l’absence d’Eucharistie – c’était ainsi… J’ai partagé avec nos garçons le beau parcours spirituel que leur école leur proposait, et prié chaque soir avec Diane, notre petite fille de huit ans. L’approche de Pâques a été plus difficile, ne pas pouvoir vivre intensément la Semaine Sainte m’a manqué. Nous avons suivi à la télévision la messe de Pâques célébrée par le pape, et cela m’a serré le cœur de le voir seul dans cette immensité, si fatigué. C’était poignant, et j’ai ressenti une vraie tristesse de ne pas être entourée pour Pâques...
Quand le retour à la messe dominicale a été possible, nous avons désiré fêter l’événement… et nous sommes partis tous ensemble avec nos vélos à Saint-Denys ! Accueillis chaleureusement dans le respect des contraintes, nourris par la parole tellement juste du père Tardy et portés par l’ambiance sympathique de la paroisse, nous avons été vraiment comblés. »
Une paroissienne
L’absence d’eucharistie ne m’a pas tellement pesé au départ car j’ai trouvé énormément de soutien dans tout ce que l’Église et de nombreuses personnes ont mis en place. Tant d’initiatives extraordinaires m’ont offert un ressourcement beaucoup plus important que d’habitude. Pas de présence physique, pas de rencontre réelle du Seigneur et de la communauté, et pourtant abondance de nourriture, certes virtuelle, mais profondément spirituelle. Oui, l’absence, oui le jeûne de l’eucharistie, irremplaçable, qui m’a manqué. Mais plus que le manque j’ai vécu un renouvellement de ma vie spirituelle. Allant le plus souvent possible à la messe quotidienne, j’ai également suivi la messe du Saint Père à Sainte-Marthe et j’ai été très touchée par ses homélies profondes reliées au présent, toujours par rapport aux textes liturgiques : je peux dire que j’ai redécouvert le pape ! Privée de l’assemblée, je m’y suis sentie vraiment unie par la Communion des Saints. C’est pour moi un lien très fort, exprimé avec plus de foi encore à travers le confinement. Et avec cela une faim, un désir de l’assemblée, du partage de la messe, de la consécration, de la présence réelle. Nécessité vitale de retourner à la messe le dimanche de Pentecôte, et grande joie de nous retrouver tous ! Le père Tardy nous a remis les rameaux de buis bénis, comme une résurgence de Pâques en cette fête essentielle… C’était très beau, on sentait un courant qui passait, dans la simplicité. Durant ce temps de confinement, j’avais médité cette parole chez saint Jean « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour ». Amour pascal, enjeu du salut, Christ victorieux, don de son corps, de son sang, transformation, nouvelle vie octroyée, devenir ce que l’on reçoit !
Ce mûrissement qui rend les retrouvailles eucharistiques plus importantes encore, je l’accueille comme un fruit spirituel. Et par-delà les moments de nuit, de doute, face à la maladie depuis plusieurs années, au fond de moi-même je me sens assez sereine… Je suis portée par la prière autour de moi.
Propos recueillis par Isabelle M.
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