Le Petit Cephalophore

dimanche, mai 28, 2017

Comment nos clercs préparent leur homélie

Le père Roger :


Chaque vendredi, à 9h30, la messe du jour est dite. Notre diacre Jean-Marie, Siméon, Maxime et moi nous retrouvons dans la salle-à-manger des séminaristes devant une bible, un ordi et un petit café pour 1h30 de réunion. Après un temps consacré aux agendas, l’évangile du dimanche suivant est mis sur le métier. Parfois je le pressens, parfois c’est la surprise, mais c’est toujours un défi : qu’il soit très bref, complexe ou archi-connu, il va falloir en tirer quelque chose, comme des étincelles sur un silex.
A quatre, les détails prennent du relief, les remarquent fusent, les lunettes auscultent la version grecque, le logiciel biblique répond avec compassion aux requêtes les plus farfelues. Ce travail de la matière brute est primordial. Chacun mesure les aspérités du texte, rebouche les failles quitte à les rendre plus visibles encore. Quelque chose comme une forme naît de notre travail commun.
Vient la question rituelle :  que dit à notre paroisse cette Parole de Dieu avec ses faces lisses et côtés rugueux ? Une question sans réponse satisfaisante, mais qui a le mérite de rendre présente à notre atelier toute notre chère communauté.
Il est urgent de laisser reposer. Le lendemain vient le moment d’implorer Dieu. Puis de jouer avec les expressions, les images, les exemples. Dans quelle situation cet évangile se révèle-t-il crucial, indépassable ?
Enfin arrive le face-à-face, c’est la rencontre avec l’assemblée qui fait le reste. Une rencontre préparée mais toujours inachevée.


Le père Maxime :
  
Prêcher n’est pas une expérience confortable ! Et à la faveur de ce Petit Céphalo, je me rends compte qu’en parler n’est pas plus simple. Le mûrissement et la naissance d’une parole touchent à l’intime, de même d’ailleurs que son écho dans un cœur attentif ou soudain foudroyé : car l’homélie jaillit de la Parole de Dieu et celle-ci, « vivante », veut rejoindre chacun « jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles » (He 4,12) — à moins d’un assoupissement rapide, et même en ce cas, nul sommeil ne préserve des visitations divines ! Il ne s’agit pas d’un discours, mais d’une rencontre secrète entre le Seigneur et les membres de son peuple. J’essaie simplement de me prêter à cette Parole, en vue de cette rencontre : j’aime le mystère de l’Annonciation, où prend chair en Marie le Verbe de la Vie. Or tout n’advient que lorsque l’ange laisse Marie seule.
Si le temps est bref, je tente de répondre au verset qui appelle, celui surtout que j’aimerais esquiver ou celui qui, à peine lu, réjouit l’âme. Si le temps est vaste — en vue du dimanche — je vis les tâches des jours, et la Parole habite la semaine parfois comme une inquiétude, parfois comme une dilatation, toujours palpablement présente à l’arrière-fond de l’esprit. Vient la messe : aucun vrai recul n’est possible, il reste à prêter sa voix, sans doute aussi un peu ses tripes, en se rappelant ce verset qu’on inscrivait sur la margelle des chaires baroques : « nous voulons voir Jésus » (Jn 12,21).


Le père Siméon :

Comment prépare-t-on une homélie ?
Sous le vocable homélie, on met parfois plusieurs choses qui ne désignent pas forcément la même réalité. Par exemple, on dit indifféremment homélie, prédication, le sermon etc. pensant dire la même chose. Mais en réalité ça ne l’est pas. Pour plus de précision, consulter l’Encyclopédie Théo dans son article sur l’homélie. A mon avis, le partage de la parole de Dieu pendant une célébration liturgique est plus une prédication qu’une homélie en considérant son objectif. Cette tâche qui incombe aux clercs a pour but d’édifier et de nourrir la foi des fidèles. L’idée est de rendre compréhensible le contenu de la foi qu’on trouve dans la Bible. Dans cet exercice, partant des normes générales, je fais un peu du mien. Je cherche à toucher non pas forcément l’attente des gens, mais si possible leurs besoins spirituels. Car je me dis que ce que nous aimons n’est toujours ce dont nous avons besoin. En amont d’une homélie, il y a un sérieux travail parfois pénible. Pour ma part, ce travail consiste à une lecture et relecture assortie d’une méditation des textes liturgiques. A cela s’ajoute la recherche du sens de certains termes clefs et la détermination d’un thème qui traverse tous les textes. Enfin l’écoute de l’actualité dans toute sa diversité m’aide énormément à actualiser ma petite compréhension des Écritures. L’intérêt de ce travail est de me laisser provoquer par la parole de Dieu afin d’essayer à mon tour de créer une provocation similaire chez ceux qui m’écouteront. Enfin je dois dire que sans tenir compte de ce qu’il peut y avoir de flatteur dans le retour qu’on a après une homélie, c’est souvent le contraire de ce dont je m’attendais que j’ai en feedback. Mais c’est ce qui, me semble-t-il fait le mystère d’une homélie, un mystère toujours nouveau, source de joies et de peines.



Jean-Marie, diacre :

Je ne suis pas un pro de l'homélie : même si j'ai suivi des cours durant la formation diaconale, je reste souvent seul avec l'Esprit Saint et ma feuille blanche car ma formation théologique est toujours à refaire et à parfaire.
Pour un débutant comme moi y a deux obstacles : se détacher de son texte et ne pas dire de bêtises théologiques ou humaines. C’est pour cela qu'au début de mon ministère j'envoyais mes projets d'homélie à mon directeur spirituel. j’avais au moins la certitude qu'il verrait les bêtises...
Pour le reste, prendre en compte les besoins ou les attentes du peuple de Dieu, c'est comme réaliser un puzzle : autant de paroissiens autant de sensibilités, autant d'approches différentes de la parole de Dieu, autant de rythmes d'avancements dans la foi différents.
Alors moi, j'y vais avec un premier jet, puis avec sainte Thérèse d'Avila, saint François de Sales, Benoît XVI et l'Esprit Saint ; et finalement ça le fait ! Plus mes chers sapeurs et leurs idées et j'arrive au final à un projet que je lis et relis 15 000 fois, la peur au ventre, jusqu'à la fin de l’homélie.
Honnêtement commander un détachement de soixante sapeurs est plus facile...

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