Le Petit Cephalophore

dimanche, mars 08, 2015

Paroissiens, que faites-vous de vos talents ?

Simone et la couture
« J’ai toujours cousu, explique Simone Gilles, 88 ans. Enfant, je me souviens avoir reçu en cadeau une petite machine à coudre ». Ce don lui a été bien utile pendant la guerre. Simone détricotait de vieux lainages et les retricotait à son goût, elle adaptait aussi les vêtements à sa taille. « On manquait de tout. Il fallait se débrouiller. » Investie dans les JAM, Simone renoue avec les travaux d’aiguilles, en prenant en charge le « comptoir de couture ». Pendant plus de 15 ans et jusqu’à cette année, cette paroissienne dévouée achète au marché Saint-Pierre des tissus et reste à l’affût des modèles enfants susceptibles de plaire. Elle réalise de jolies robes à smocks pour les filles et des ensembles tricotés pour les garçons. Un grand merci à elle pour l’aide apportée à la paroisse pendant tant d’années.

Adrien et le béton

Adrien Martin, 28 ans, a deux amours : le béton, matériau qu’il utilise dans son travail d’architecte, et les figurines LEGO, souvenirs de son enfance. Le hasard l’a conduit à combiner les deux. « Un ami m’a offert un moule en silicone pour faire des glaçons en forme de figurine. Je l’ai rempli de béton et j’ai ainsi fabriqué un petit personnage LEGO », se souvient-il. Il reproduit la statuette et l’offre aux invités de son mariage, l’été dernier à Salbris (près d’Orléans). Car Adrien a épousé Claire, ingénieur dans le bâtiment, après avoir suivi une préparation à Saint-Denys, accompagné par Jean-Marie Weinachter. Séduits par le petit objet, ses amis l’encouragent à poursuivre. Adrien recherche d’autres moules et coule des luminaires en béton qu’il commercialise sur son site : www.le-bacasable.com. Depuis, les idées de création se bousculent dans sa tête, seul le temps lui manque. Adrien voudrait travailler le plastique, le bois, le tissu… Et inviter d’autres artistes à le rejoindre sur son site.

Hélène et le dessin
« J’ai toujours aimé regarder plutôt qu’écouter, explique Hélène, 57 ans. Je me suis construite autour de ce talent d’observation. » Voilà qui ne fait pas l’affaire de ses parents, une famille de médecins qui voudraient la voir embrasser une profession sérieuse. Par esprit de compromis, Hélène débute des études d’architecture, puis se réoriente vers l’enseignement du dessin, appliqué aux métiers d’art. Le métier de professeur en lycée professionnel la passionne. Maman de trois enfants, elle éprouve toutefois la difficulté de concilier vie professionnelle et familiale. Bientôt, la voilà embauchée par le Centre Georges-Pompidou où elle crée des parcours pour les jeunes de lycée professionnel. Une expérience formidable qu’elle doit interrompre pour suivre son mari, Stéphane, qui part travailler à Toulouse. De retour à Paris avec Stéphane, Hélène, désormais à la retraite, a repris crayons et pinceaux. Elle vient tout juste de terminer la décoration de l’oratoire de la Maison des familles à Boulogne-Billancourt. A présent, elle prépare un petit livret pour guider les visiteurs dans notre église, lors des prochaines journées Nomades.
Propos recueillis par Sylvie H.


Charlotte est musicienne
La musique, c’est une affaire de famille : on se demande si un orchestre n’est pas caché dans la galerie Prodomus de la rue Saint-Sébastien : François, le grand-frère au piano et à la clarinette, Louis au hautbois, Hélène, la petite sœur, encore à l’école maternelle, est déjà sur le piano, maman chante et est au piano, papa à la guitare !… Quant à Charlotte, c’est le violoncelle, le clavecin, le piano et l’orgue. Mais il vous sera difficile de la croiser dans les rues du quartier avec son instrument préféré : du haut de ses 11 ans, Charlotte lance avec assurance : « mon préféré, c’est l’orgue parce que c’est celui qui a le plus de sons et de très beaux sons ». L’orgue, c’est une sorte de tradition familiale. Charlotte en est la 3ème génération : « Après la guerre, dans la paroisse de mon grand-père d’Allemagne, il n’y avait plus d’organiste, alors c’est lui qui a repris l’orgue de la paroisse et puis ma tante en joue beaucoup et c’est vraiment elle qui m’a donné l’envie. » Et aussi, un rapport particulier à Dieu : « il y a beaucoup de compositeurs qui ont écrit des morceaux pour l’église, il y a beaucoup de Noëls religieux allemands que j’aime bien. » Evidemment, un peu compliqué de s’entraîner chez soi ou chez une camarade : pour progresser, le cours est à l’église protestante de la rue Blanche. C’est là que le talent est nourri, qu’il est confronté au regard du professeur, là aussi qu’il se transforme : « C’est beaucoup de plaisir, et un peu de travail aussi… mais quand je joue des morceaux que j’aime moins, c’est plus de travail et moins de plaisir. Mon préféré, c’est le prélude de Bach en Do majeur, celui-là je l’aime bien ».
Il n’est pas impossible de la voir jouer, parce qu’elle n’a pas le trac en public « j’aime bien quand il y a des gens qui écoutent, comme pour les auditions ». Son public, c’est surtout les camarades et leurs familles, les professeurs. A Saint-Denys, nous sommes privilégiés : « quand j’aurai un beau prélude de prêt, je pourrai peut-être venir le jouer à l’église après une messe… » 
Propos recueillis par Stéphane L.


Denis est chantre
Le chantre, c’est celui qui chante et fait chanter aux offices religieux.
Si vous le croisez dans un café un vendredi ou un samedi avec son smartphone et son oreillette, ne le dérangez pas : il est sans doute en train de travailler les chants pour lesquels il nous guidera le dimanche suivant ! Le jeudi soir, il aura trouvé à la sacristie la liste des chants pour le week-end à venir… Certains sont connus, mais d’autres nécessitent un peu de révision avant de se lancer. Chantre, ce n’est pas son métier, mais c’est son talent… et aussi une passion, cultivée en amateur éclairé. Et même bien éclairé : du chant classique à l’école normale de musique et une expérience dans le chœur de l’orchestre de Paris. Avoir un talent ne suffit pourtant pas, ce que Denis a cœur c’est de le mettre au service de tous : « Pour faire chanter à l’église, il faut avoir la préoccupation des fidèles comme du répertoire : ce qui est important, c’est que les gens aient du plaisir à chanter, alors il faut des chants que l’assemblée connaisse et reconnaisse. Un peu de nouveauté, mais pas trop ! » Et quand vient le dimanche, après une petite mise au point avec Thierry, l’organiste, « il faut se lancer et le chantre est le patron. Il faut savoir s’adapter, improviser, reprendre un couplet lorsque la procession se prolonge, écourter dans le cas inverse. Avec Thierry, c’est bien parce qu’il est souple et à l’écoute. Après, de temps en temps on peut se tromper… à condition de se tromper avec conviction. »
Propos recueillis par Stéphane L.


Sandrine et le jardinage du dimanche
Difficile d'interroger les paroissiens sur leurs « talents ». Peut-être parce que certains s'adonnent à leurs activités extra-professionnelles pour le plaisir, non parce qu'ils se sentiraient doués d'un « talent » particulier mais simplement pour sortir des soucis quotidiens. « Le jardinage, moi ? Mais je ne m'y connais pas du tout ! Je n'ai pas de « talent » pour le jardinage, c'est simplement que ça me fait du bien. Nettoyer le jardin, arracher les mauvaises herbes, planter des oignons ici, des tomates là : ça me détend. On oublie tout, en faisant ça ; on oublie ses soucis. Ça ne demande pas d'effort intellectuel, et on profite du plaisir d'être avec la nature. » Ma conversation avec Sandrine aurait pu s'arrêter là, ou se poursuivre sur ses premières expériences dans un jardin, avec sa mère. Mais alors que je voulais qu'elle me parle de jardinage – son talent du dimanche – elle m'a répondu sur un tout autre plan.
« Un vrai talent, ça vous pèse » 

Car au fond, pour elle, le jardinage est tout le contraire de ce qu'elle appellerait un « talent ». Pour elle, quand on dit « talent », il faut entendre « don », et même vocation. Il ne s'agit pas de chercher à briller, à être vu par tout le monde. « Un talent n'existe pas comme tel ; il faut en faire quelque chose, me dit Sandrine. Par exemple, je pense pouvoir accueillir les gens, et accompagner les malades dans leurs moments les plus durs. Mais ce n'est pas drôle tous les jours, et il y a des moments où j'aimerais qu'on m'oublie, j'aimerais ne pas avoir ce talent à mettre au service des gens qui souffrent. Et en même temps, je me sens coupable quand je n'arrive pas à être là pour eux. Quand une amie qui a un cancer m'appelle et qu'elle a besoin de soutien, c'est dur. Tout le monde ne peut pas être présent pour les malades dans les moments les plus difficiles, même lorsqu'ils sont aimés. Mais je pense qu’il m’a été donné la capacité d’accompagner la souffrance. Un talent, on n’a pas toujours envie de le faire fructifier. Parfois ça pèse et ça peut être difficile mais inversement ça peut faire émerger des moments si précieux. 
A chacun son talent
« Avoir un talent, c'est être capable de faire quelque chose pour l'autre, ou pour Dieu : chacun de nous en est capable à sa manière, et y est appelé ; il faut faire fructifier ce qu'on a reçu, comme nous y invite le Christ dans l’Évangile, mais cela demande beaucoup d'efforts. » Rien de plus sérieux comme sujet, donc, que « les talents des paroissiens ». Bien sûr, nous n'avons pas tous les mêmes talents, « d'ailleurs, les saints n'ont pas tous les mêmes talents ! Peut-être que Dieu a donné à certaines personnes le talent de prier, et à d'autres, moins. Saint Jean de la Croix était fait pour approfondir la méditation et la prière, d'autres saints ont eu une vie plus active. Mais vous imaginez ce qu'on deviendrait, si ceux qui ont le talent de prier ne priaient plus ? Quel que soit notre talent, nous  sommes appelés à ne pas le mettre sous le boisseau ! »

Propos recueillis par Laetitia C.


 

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