Le Petit Cephalophore

mercredi, février 18, 2015

Des paroissiens de Saint-Denys en mission fraternelle à Madagascar. Témoignage.

Six paroissiens sont partis cet hiver dans le cadre de l'association Esperanza Joie des enfants.
Témoignage pour encourager les bonnes volontés à nous rejoindre
- pour nourrir les enfants
- pour aider au financement de leur scolarité

Les enfants de l’Espérance

« Et Abraham partit sans savoir où il allait ».
Débarqués de Paris, nous étions arrivés la veille, dans la nuit, à Imito, une petite ville perdue au milieu des Hauts Plateaux, entre rizières et pinèdes. Ce dimanche-là, nous étions réunis dans la modeste chapelle des Filles du Cœur de Marie et j’étais chargée de la deuxième lecture.
« Et Abraham partit sans savoir où il allait ».
Cette parole cent fois entendue, cent fois répétée, m’a soudain saisie à l’âme et j’ai regardé mes amies qui étaient là. Abraham, c’était elles. Elles qui avaient accepté de partir pour les campagnes perdues de Madagascar, elles qui ne savaient pas bien où elles allaient (les noms malgaches sont si longs et si compliqués !), mais qui savaient pourquoi. Pour aimer les enfants pauvres des Hauts Plateaux. Et j’ai su que l’Esprit qui poussait Abraham était exactement le même que Celui qui les avait poussées, elles ; le même Souffle, la même Puissance discrète, peu importent la grandeur ou la petitesse de la tâche. En cet instant précis je les ai aimées intensément. Pour leur confiance. Pour leur abandon. Parce qu’elles étaient Abraham et qu’elles ne le savaient pas.

Notre tâche à nous, membres d’Esperanza, est à la fois modeste et immense : il s’agit de nourrir les enfants. Les enfants d’Imito, mais aussi d’Imady, d’Ambinanindrano, d’Ambohipeno ou de Tsiroanomandidy. Mille trois cents enfants au total. Les enfants d’Imito (comme tous les autres) vont au collège (qui accueille les élèves de la Maternelle à la 3ème) pour étudier, mais aussi pour manger. Beaucoup reçoivent à la cantine scolaire leur riz quotidien, leur seul repas du jour. C’est pour cela que les parents envoient leurs enfants à l’école plutôt qu’aux champs, c’est parce qu’ils y mangent.
« Et Procurez du riz, à ceux qui n’en ont pas ! Ainsi soit-il. » chante-t-on au bénédicité.

Quand ils ont mangé, ils travaillent mieux. Ils peuvent alors se concentrer, ces enfants dont certains sont venus de loin, au petit matin, jusqu’à l’école, parfois pieds nus. Et ils sont joyeux, souriants et pleins de vitalité, dans leurs vieux habits dépareillés. D’où leur vient cette joie ?
Nous les interrogeons (ils se mettent debout lorsque nous entrons dans les classes) : « Que voulez-vous faire plus tard ? Quel métier ? » « Taxi brousse ! » (Les taxis brousse ont la cote...) « Pilote ! »  « Sœur ! » « Médecin ! » « Instituteur ! » « Infirmière ! » « Je voudrais être prêtre », dit un garçon timide. « Et moi Vahsa  (c’est dire « Blanc ! ») », s’exclame un enfant malicieux. Ils rigolent, mais n’osent guère, dans l’ensemble, s’exprimer longuement en français, même s’ils l’apprennent à l’école.


Les salles de classe ont besoin d’un sérieux coup de neuf. Certaines manquent de lumière : il n’y a pas d’électricité. Pas de chauffage non plus, bien sûr, alors qu’il fait froid, l’hiver, sur les Hauts Plateaux... Les murs de brique de terre cuite, ça et là, ont été attaqués par la pluie tropicale, et les planchers sont trop minces pour permettre une bonne isolation. Les vieux, très vieux pupitres de bois sont parfaitement alignés. Le maître écrit à la craie sur le tableau. (Son pauvre bureau est recouvert avec soin d’une nappe brodée immaculée). Problème : «  Un alternateur de bicyclette porte sur sa culasse l’indication 12 V. Que se passe-t-il si l’on introduit dans le globe de cette bicyclette une lampe 6 V ? ». Ma foi, je n’en sais trop rien... Les autres tableaux noirs sont illustrés de mots écrits en malagasy. Un texte en français pourtant retient mon attention. Il est intitulé « Le mariage de mon frère » et calligraphié en belles carolines. « Mon frère a épousé la fille de Rainitsara. Nous avons fait un bon repas de noces. — Qui est-ce qui a prononcé le discours ? —  C’est mon oncle, Ralay. Un vieux parent de la mariée a répondu à ce discours. — Qu’est-ce que ton frère a apporté comme cadeau ? — Une grosse somme, le vodiondry et des vêtements élégants. — Qu’est-ce que la mariée a apporté ? Un matelas, deux oreillers et une malle ».  Malgré cette familiarité évidente que nous entretenons avec les Malgaches, due à la langue française et à l’environnement chrétien, nous sommes bel et bien plongés dans une autre culture.

Le droit à l’école se nomme là-bas « écolage ». L’écolage est dû par chaque enfant scolarisé afin de financer le salaire de ses maîtres. Son montant est de deux à six euros par mois (des milliers d’ariarys), selon que l’enfant a un ou plusieurs professeurs, en plus d’un droit à la scolarité payé à la rentrée de septembre, de 10 euros environ. Somme dérisoire pour nous, l’écolage est parfois trop élevé pour les familles. Pour compenser, les professeurs (avec notre accord) mangent à la cantine scolaire en compagnie des enfants, si bien que nous nourrissons le corps collégial tout entier ! C’est peu de chose, mais cela suffit à attirer les enseignants dans ces bourgades isolées. « Ce qui les intéresse, c’est l’argent, s’insurge sœur Nory (quand un Malgache est très en colère, il hausse légèrement le ton), alors que l’enseignement, ce devrait être une vocation spéciale ! C’est un problème de mentalité. L’argent d’abord. » Pour embaucher les meilleurs professeurs, il faut beaucoup d’argent. Or, l’écolage à Imito est bas, parce que les gens sont de petits paysans et que la terre est aride. La plupart des hommes partent travailler ailleurs, laissant là femmes et enfants. Il n’est pas rare qu’ils ne reviennent jamais, parce qu’avec le temps ils ont fondé au loin une nouvelle famille. Bigamie, voire polygamie de fait. Epouses désemparées. Enfants abandonnés. « Et s’ils reviennent, c’est pour le retournement des morts ! ». La colère de Nory grandit. Le retournement des morts est une cérémonie qui coûte cher, très cher. C’est une grande fête familiale qui a lieu au mois d’août, lors de laquelle il convient d’inviter tous les parents, des plus proches aux plus éloignés, tous les amis et tous les voisins. On dépense beaucoup d’argent pour satisfaire les invités, car c’est le moyen de s’assurer de leur fidélité et de leur secours en cas de coup dur. Don, contre-don. L’alcool (de contrebande) coule à flots, durant des jours et des nuits. « Tout l’argent est dépensé : il n’y a plus aucun sou pour l’écolage en septembre. » Mais c’est une coutume incontournable. Tous les sept ans, les restes des ancêtres sont sortis des hauts tombeaux qui ornent régulièrement le paysage, enveloppés dans un linceul neuf et coûteux, et rendus à la terre après des danses rituelles. Nory en parle avec le dédain du croyant envers des pratiques jugées superstitieuses. Mais d’autres sœurs l’évoquent comme une obligation familiale banale. Peu importe. Ce qui compte, c’est de permettre aux enfants d’avoir accès à l’éducation en aidant les familles à régler l’écolage. L’idée d’un parrainage par nos enfants de Paris s’impose à nous. Sans doute aime-t-on mieux l’école quand on sait que tout le monde n’y a pas accès. Sans doute l’aime-t-on encore davantage quand on songe, en se levant douloureusement le matin, que là-bas, au bout du monde, un autre enfant prend grâce à soi le chemin de l’école... Le savoir devient précieux. Et la fraternité. « Seigneur, quand donc t’ai-je donné ton écolage ? »

Une question, toutefois, me tourmente. Parmi ce peuple de pauvres, il y a des riches. De très riches, même. De grands propriétaires fonciers qui ont fait fortune dans l’élevage de zébus, de gros commerçants comme ceux d’Imady, qui constituent une véritable diaspora dans tout le pays, sans compter ceux qui s’enrichissent par la corruption ou les trafics illicites. « Mais les riches Malgaches ne vous aident-ils pas ? ». La question est posée à Marie-Louise, du Sacré Cœur de Raguse, à Imady. Elle est un peu gênée : « Les riches Malgaches n’ont pas l’habitude de donner aux pauvres », répond-elle. Je pose à nouveau ma question à une sœur Trinitaire d’Antsirabé, l’une des plus grandes villes du pays. «  Ici, dit-elle, les riches pensent que les prières sont pour les pauvres. Les pauvres s’aident entre eux, les riches s’aident entre eux. » Mais pour le Nouvel An, il est d’usage de leur offrir un cadeau : « un petit sachet avec du savon, et des bougies. »

Il n’y a pas de longue tradition chrétienne à Madagascar. La première église de l’île date de la fin du XIXème siècle. Chez nous, la charité est à retrouver ; ici, elle est à découvrir. Une terre nouvelle est à ensemencer.

Dominique Th, paroissienne de Saint-Denys
 et membre de l’association Esperanza. Joie des Enfants.

Comme chaque année, grâce au père Tardy, Saint-Denys soutient Esperanza comme l'un des projets de Carême proposés aux paroissiens. 
Le père Tardy a également accepté d'encourager une opération d'écolage en faveur des enfants d'Imito, jumelés avec les enfants du KT de Saint-Denys. 
Pour toute question, consultez Aurélia, laissez un mot à l'accueil ou contactez-nous par mail :

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