Le Petit Cephalophore

mardi, octobre 08, 2013

Jean-Marie, diacre et Isabelle, femme de diacre


 




Jean-Marie, diacre
« D’abord, il y a l’appel. Puis l’évidence qui s’impose. Pour moi, c’était au cours d’une messe », précise Jean-Marie, la date et la circonstance restant dans le secret de son cœur. « Mais cette prise de conscience est précédée de la levée progressive d’un voile ». Un jour de vacances en Suisse, Jean-Marie avait fait une excursion de haute montagne en compagnie d’un ami séminariste. « Arrivés à la hauteur d’environ 2500m, nous avions décidé de faire une halte », raconte-t-il. « A ce moment-là, je me suis entendu dire : « As-tu  jamais pensé à devenir diacre ? ». « La question s’est mise à résonner en moi, en heurtant avec violence ce « millefeuille de plomb » que je m’étais construit dans l’effort d’oublier mon appel. Elle venait  se présenter comme une piqûre de rappel de paroles similaires qui m’avaient été adressées dans le passé. C’était le tournant décisif ». Jean-Marie a trouvé tout d’abord l’écoute silencieuse de l’abbé de Solesmes. « Parles-en à ton curé » lui a lancé ce dernier. Le curé à l’époque, c’était le père Quinson. Lui aussi avait déjà pensé… Enfin l’heure est venue de se confier à Isabelle, son épouse. Aucun obstacle n’avait entravé ces premières révélations et démarches. « J’avais rencontré le responsable du diaconat à Paris. On m’a attribué un accompagnateur spirituel. » Jean-Marie avait vraiment dit « oui », quand une maladie grave s’était déclarée pour éprouver son élan.  « Isabelle s’était alors mise à assister aux cours à ma place. Je continuais avec l’aide de mon accompagnateur spirituel mon chemin du discernement, tout en luttant contre la maladie, avec ma propre incompréhension, avec la tentation de tout arrêter. Lors de la réunion des candidats au diaconat, je me suis senti décalé, moins visiblement engagé que les autres. Et pourtant, la vocation continuait de s’imposer à moi avec force. Petit à petit, j’ai appris l’abandon de soi. J’ai compris qu’il y avait un pilote bien plus doué que moi qui guidait ma vie. Je sentais qu’il y avait une grâce qui allait me permettre de surmonter l’épreuve. Il fallait toucher à l’humilité, base et condition de tout service…» Il en était ainsi. Jean-Marie a pu aller jusqu’au bout de sa préparation avec des forces du corps et de l’esprit enfin renouvelées.  « L’Eglise est une bonne mère. Dans le cas d’un homme marié, elle maintient la primauté du sacrement de mariage. En réalité il y a une interpénétration des deux sacrements. L’appel finit par toucher toute la famille. A noter que jusqu’au jour de l’ordination on peut renoncer. L’appel est ainsi comme contrebalancé par un énorme esprit de liberté. L’épouse du futur diacre est étroitement associée à la démarche de son mari. Elle discerne, elle aussi. Elle sait bien ce qui est bon pour son époux et ses enfants. Un enfant pourrait penser que l’Eglise lui enlève son père, mais l’Eglise donne à comprendre l’enchevêtrement des deux sacrements. Nos enfants ont bien réagi… ». Aujourd’hui, Jean-Marie est notre nouveau diacre permanent. « Avec l’engagement, une nouvelle connaissance se met à nous éclairer. Quand un diacre assiste à une Eucharistie, il réalise cet impressionnant mouvement qui se met en place entre le prêtre et l’assemblée. Petit à petit apparaît pour lui avec clarté sa propre place à l’autel : celle de la charité. Le diacre porte à l’autel la communauté qu’il représente. »  Émerveillé de son parcours et de la perspective qui s’ouvre devant lui, Jean-Marie ajoute : « Pourquoi je le fais ? Je ne sais pas. Mais je découvre toujours plus de raisons d’être diacre. C’est comme quand on choisit une épouse. Le tout début d’une révélation est un mystère caché en Dieu… »

« J’ai donné Jean-Marie à Dieu »
Isabelle n’a pas été étonnée d’apprendre l’appel diaconal de son époux. « Deux années plus tôt j’avais déjà eu une intuition « éclair » dans ce sens. Or,  j’ai accueilli  la nouvelle  avec joie et apaisement. » Le chemin du diaconat dans le cas d’un homme marié s’adresse à toute sa famille. Si elle n’accepte pas, cela ne peut pas se faire. « Le choix de Jean-Marie n’a rien changé à notre foyer. En même temps, cela a tout changé ! C’est un véritable renouvellement du lien conjugal. Ce que Dieu avait uni, il l’unit de manière encore plus forte. Le lendemain de l’admission de Jean-Marie au diaconat nous nous étions retrouvés avec les séminaristes, les prêtres de la paroisse et nos enfants. J’ai eu alors la prise de conscience émouvante que notre famille s’était agrandie… ». Deux mois après avoir confié sa vocation à Isabelle, Jean-Marie s’est retrouvé à l’hôpital, gravement malade. Isabelle témoigne : « J’ai vécu cette épreuve dans la confiance et l’abandon, en me disant : « Si Dieu l’appelle, ce ne peut être que pour le bonheur. » » Poussée par l’espérance, elle a suivi également tout le parcours de la préparation diaconale, à l’exception de l’enseignement de la liturgie. « Pendant l’hospitalisation de Jean-Marie, j’allais aux cours à sa place. Je l’appelais vers 22 h00 pour nos rendez-vous spirituels. Il était souvent fatigué. Nous disions par téléphone un Notre-Père, un  Je vous salue Marie... » Isabelle trouve que le sacrement de l’ordre transforme le lien entre les époux,  en lui conférant une transcendance. « Notre union est devenue spirituelle. Je me suis engagée avec Jean-Marie en toute liberté. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord pour tout. Il ne s’agit pas non plus d’une « promotion ».  Quant aux enfants, le plus difficile pour eux était d’accepter la maladie de leur père. Notre fille disait cependant : « Si Dieu l’appelle, c’est qu’il va prendre soin de lui. » Nos enfants ont vécu une maturation spirituelle au long des trois années de discernement de Jean-Marie. Ils ont bien compris qu’il restait  avant tout leur père. »
L’installation officielle de Jean-Marie en tant que diacre permanent de notre paroisse  a eu lieu le 6 octobre dernier. Avant ce jour, le couple a été accueilli par le cardinal Vingt-Trois, qui s’était tourné vers Isabelle pour demander une ultime fois son accord avec ce choix. « Ce qui nous arrive me dépasse », avoue-t-elle, « mais j’ai bien la conscience que cela vient de Dieu. Je le laisse faire… ».
Propos recueillis par Katarina                                                                                   

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