Le Petit Cephalophore

mardi, octobre 08, 2013

André Kietaga, prêtre étudiant, à Saint-Denys

Écouter le père Kietaga parler de l'Eglise dans son pays, le Burkina-Faso, c'est plonger dans un univers où la spiritualité a un sens profond, ancré dans les cœurs et les institutions. « Être un homme de Dieu, dans mon pays, ça a du sens, quelle que soit la religion. Quand je porte mon col romain dans la rue, on me respecte et on me salue, parce que le temps que je consacre à la prière en tant que prêtre attire les grâces de Dieu non seulement sur les chrétiens, mais sur tout le pays. Les gens accordent vraiment de l'importance au lien de l'homme avec Dieu. »
L'Eglise, le père la connaît bien. Il est prêtre depuis 23 ans, l'un de ses oncles est évêque, et son père a été catéchiste toute sa vie. « Je suis né à Toma, dans le Nord du Burkina, loin de la région dont ma famille est originaire, parce que mon père y a été nommé catéchiste pour évangéliser la région. En effet, beaucoup de membres de mon ethnie, les Mossi, qui avaient émigré vers cette région du Nord à la recherche de terres cultivables, ne pouvaient comprendre les enseignements religieux professés dans la langue locale, et l'évêque était à la recherche d'un catéchiste parlant la langue des Mossi. C'est ainsi que mon père a été appelé dans la région, et qu'il s'y est implanté. Parfois, les féticheurs traditionnels ont essayé de l'empoisonner et de lui jeter des sorts. Devant leur échec, certains ont su reconnaître "ton Dieu est plus fort "».
Mais chez nous, il n'y a pas de réels conflits de religion. On pense que chacun est libre de trouver son propre « chemin » dans la vie, c'est-à-dire d'avoir sa propre religion. Les membres d'une même famille peuvent avoir des religions différentes, mais ils prieront toujours pour que la grâce de Dieu retombe sur toute leur famille. Et quand il y a un événement religieux, tout la famille organise la fête, sans se préoccuper des religions. A mon ordination, par exemple, ma famille animiste, musulmane et protestante s'est réjouie de mon sacerdoce et a participé avec joie à l'organisation de la célébration. »
Après une licence de philosophie à Ouagadougou, le père André passe la majeure partie de son apostolat comme enseignant au petit et moyen séminaire Saint-Mbaga de Tuzindé (Saint Mbaga est l'un des martyrs de l'Ouganda, avec saint Charles Lwanga, au XIXème siècle), puis comme directeur d'un petit séminaire. Il a aussi été prêtre en paroisse, en particulier dans sa ville natale de Toma.

Envoyé en France en 2009 pour poursuivre ses études, il passe d'abord une année sabbatique à Epernay, puis entame des études de philosophie à la Catho. Il réside sur la paroisse Saint-François-Xavier de 2010 à 2013, et rejoint Saint-Denys cette année pour finir son Master de philosophie. Nous lui souhaitons la bienvenue !



Le « catéchiste » au Burkina Faso : pilier de la vie religieuse du village

« Nous n'avons pas de diacres permanents, mais beaucoup de « catéchistes », qui organisent la vie religieuse. Dans un village où le prêtre passe rarement (car une paroisse est composée de plusieurs villages, parfois éloignés les uns des autres), le catéchiste préside à la prière, accompagne les malades, et peut même donner la première partie du baptême, le baptême d'eau, aux petits enfants. Le prêtre, quand il passe dans le village (au moins une fois par mois), donne ensuite l'onction baptismale.
Le catéchiste préside surtout à la grande prière dominicale, qui reprend toutes les étapes de la messe, sauf la consécration (rite pénitentiel, liturgie de la parole (y compris une homélie), prière universelle et prière pour la communauté, et distribution des hosties déjà consacrées quand il en reste).
J'en profite pour vous faire remarquer que les chants de messe dans mon pays peuvent parfois être plus longs qu'ici, car ils cherchent à approfondir le sens de chaque moment de la messe. Par exemple, le Kyrie n'est pas une simple prière à Dieu en trois phrases ; le chant du Kyrie décrit les péchés de l'homme un par un – comme par exemple le refus de pardonner, ou le manque d'amour pour nos ennemis – et implore à chaque fois la miséricorde de Dieu pour chacun de ces péchés.

La formation des catéchistes est longue (3 à 4 ans), ils ont un niveau d'acolytat. Ils s'engagent volontairement, parfois en couple, comme mes parents, et sont bénévoles malgré la charge de travail considérable que cela représente. Ils sont ensuite affectés par le curé pour une mission spécifique. Par exemple, mon père était cultivateur pour nourrir sa famille, mais, en tant que catéchiste, il était chargé d'évangéliser les petits villages autour de Toma dans un périmètre de 50 km. Il partait seul et à pied, rencontrait parfois des lions sur sa route, et devait initier les villageois sans les brusquer. Il leur parlait de sa foi, et priait avec eux, et peu à peu, certains se montraient intéressés, et demandaient à suivre une catéchèse pour être baptisés. »
Père André K.

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