Le Petit Cephalophore

dimanche, février 17, 2013

Parole d'artistes

Marie, peintre :
"Ce qui ne peut se traduire en termes de mystique ne mérite pas d'être vécu" disait Cioran…

Mes paroles sont des paroles de peintre, passionnée de peinture et d'un art qui "remue le fond sensuel des hommes" . Je suis très loin de ceux qui se réclament de Duchamp et qui ont fait de l'urinoir un objet de culte dans les musées à la place des peintures. Je me demande depuis longtemps qui a permis une telle action contre l'art et contre les peintres ? Est-ce venu d'une "vague de fond " comme je l'ai entendu il y a peu lors d'une table ronde aux Bernardins ? Est-ce venu de l'air du temps, donc du dehors du musée ? Ou bien est- ce venu du dedans du musée ? Toutes ces questions ne sont pas étrangères à ma pratique de la peinture comme la pratique religieuse n’est pas étrangère à la situation d’inconfort de l’Eglise. Comment les séparer sans au fond de soi  se couper en deux, faire comme si les autres n’existaient pas et se fabriquer un petit monde pour soi tout seul ? Le journal Libération annonce que vous trouvez désormais Rodin à Roissy , c'est à gauche après les parfums de marques pas loin des sacs. Tout est marchandise. Certes il ne faut pas que la haine du mal l’emporte sur l’amour du bien, mais  au nom du Bien ou de la Beauté  faut-il s’interdire le discernement ? 

Peindre n’est pas de toute tranquillité dans un monde que domine l’argent, mais « cela » reste. « Cela » est le plus précieux d’entre tous lorsqu’il est Louange. « Bénis le Seigneur Ô mon âme, bénis son nom très saint tout mon être » dit le psaume 102. Comment y parvenir ? La peinture est un moyen d’aller vers si elle est abandon (aujourd’hui on dit lâcher prise) mais cela se complique car si la peinture est ferveur, elle est aussi une discipline. "L'art c'est comme le chinois, ça s'apprend" disait Picasso. Elle est mémoire  "Pas de culture sans mémoire " disait Arendt. En d’autres termes il faut beaucoup d’études pour redevenir enfant et c’est tout le contraire de ce que nous voyons si souvent autour de nous et désignons comme un processus d’infantilisation . Non ! La quête de la Beauté n’est pas du côté de la transgression et du nouveau pour le nouveau, elle nous fait connaître nos limites, elle ne nous rend pas infantiles et capricieux mais pauvres et assoiffés. Si elle fait de nous des mendiants et des errants, elle nous grandit sans que nous y prenions garde. Regardons ce que les grands peintres ont laissé à l’humanité, des œuvres pour notre contemplation dans un monde qui n’a plus le temps. Peut-être est-ce pour cette raison que je suis amie de Baudelaire et des peintres qu’il aimait. Delacroix  par exemple qu’il ne faut pas déranger à Saint-Denys puisqu’il veille aussi sur nous!

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,

Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges passent,
Comme un soupir étouffé de Weber

N’oublions pas le combat de Jacob avec l’ange peint par Delacroix dans l’église Saint-Sulpice qui est à la fois abandon et corps à corps du peintre avec l’invisible dans la solitude et loin des lumières agressives des media
Marie Sallantin

Extrait du poème de Baudelaire, Les Phares.
Illustration : Les Oiseaux de Raphaël se sont posés sur un étang de la Puisaye, 2013
46 x 33 cm tempera sur toile



Jacques, sculpteur

Art et foi… La question laisse un temps Jacques Jarrige silencieux. Puis le verbe sort, jaillit plutôt, en saccades, donnant forme à de fortes convictions. « La charité de chacun s’exerce dans ses actions. Celle de l’artiste est que l’amour de Dieu soit présent dans son œuvre. Même chez des artistes athées. Aucun artiste ne saurait être sec, creux, mortifère ».
Est-il du moins “inspiré” ? « Je ne fais pas partie des artistes qui ont un projet préalable à la création. Je suis plutôt dans la réception. Étant croyant en Dieu, j’y ressens une grâce, celle de pouvoir substituer mon geste à la parole. Mais la “parole” ne m’appartient pas, et surtout, elle n’est pas forcément claire, ou du moins ne peut être “lue” que par celui qui l’écoute. Comme une parole de Dieu donnée au monde. Certaines œuvres parlent ainsi, en un langage non formulé, à qui les contemple, les ressent ».
Mais est-ce que sa foi guide sa main ? « Si je faisais une comparaison avec les mystiques, je dirais que ma prière est dans une forme de silence. Je ne sais d’ailleurs pas très bien prier. Là, c’est une parole silencieuse qui donne lieu à quelque chose de compréhensible, pour moi, et pour les autres, j’espère ».
Avec aussi cette certitude : « La mission de l’artiste est de faire entendre quelque chose de l’éternité. C’est ce mystère que l’on côtoie dans une création, et qui, de façon humble, me bouleverse. Ainsi, ma foi grandit, comme ma confiance en moi, elles sont interactives. La première satisfaction étant mon émerveillement dans la réussite du projet de Dieu en moi… et que Dieu ait besoin de moi ».

Comme sont mystère aussi ses « méandres », déjà exposés à Saint-Denys, et réalisés avec des déficients mentaux avec qui il travaille depuis plus de vingt ans. Tous de « formes imparfaites, parce que nées de gestes malhabiles », et pourtant composant au final « un équilibre parfait, en vibration constante et…vivante ». 
Propos recueillis par JLBB

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