Le Petit Cephalophore

dimanche, juin 03, 2012

En vérité, Il est ressuscité !

Caravage, Le Souper à Emmaüs, 1601.


La résurrection selon saint Paul

La bibliste Roselyne Dupont-Roc, professeur émérite à l’Institut catholique de Paris, a accepté de répondre aux questions du Petit Céphalophore. Cette spécialiste de saint Paul nous explique comment l’apôtre mettait en mots l’indicible.

La croyance en la résurrection est-elle centrale dans la théologie de saint Paul ?
Roselyne Dupont-Roc :
« Si le Christ n’est pas ressuscité, vide est notre proclamation, et vide aussi votre foi ». Ainsi Paul refonde-t-il la foi vacillante et inquiète des Corinthiens (1 Co 15, 14). Il proclame alors la résurrection du Christ comme l’événement fondateur qui a interrompu le cours de l’histoire et l’a fait basculer. A un passé de mort, il oppose le surgissement d’une vie nouvelle, à l’horizon bouché par le péché il oppose l’espérance d’un avenir qui conduit à Dieu. Pour Paul, saisi par le Christ, la résurrection a tout changé : « si quelqu’un appartient au Christ, il est création nouvelle ».

Comment cette vision s'articule-t-elle avec sa foi juive ?
R. D.-R. : La foi de Paul s’appuie sur la foi juive pharisienne et se dit par rapport à elle, dans un langage que déjà l’Ecriture avait forgé. Depuis deux siècles, les juifs pieux professaient l’espérance en une résurrection générale à la fin des temps en vue d’un jugement et d’une vie auprès de Dieu (Dn 12,1-3 ; Es 26,19). Mais alors que ces pharisiens la situaient dans une fin lointaine de l’histoire, la foi chrétienne déclare que la résurrection a déjà eu lieu, que déjà, dans le Christ, Dieu a vaincu les forces de la mort : « Mort, où est ton aiguillon ? Où est-elle, ô mort, ta victoire ? ». Adaptant les scénarios de fin des temps des courants apocalyptiques, Paul voit la création nouvelle monter tandis que l’ancienne disparaît : « le monde ancien s’en est allé, voici toutes choses sont nouvelles ». Telle est l’incroyable affirmation qui jaillit de la rencontre avec le Ressuscité : la mort et le mal sont vaincues, Dieu fait toutes choses nouvelles !
Pourtant Paul sait bien que le monde nouveau n’est pas encore visible : les forces du mal sont vaincues mais elles n’en finissent pas de disparaître, il reste encore à tout soumettre à Dieu. Dès lors nous avons à vivre une sorte de « tuilage » des temps, où la vie nouvelle doit sans cesse affronter les derniers soubresauts du mal. « Le temps, écrit Paul, est raccourci », nous vivons les derniers temps, ce temps qui reste à vivre et qui est notre temps, le temps de la mission, le temps de l’Eglise.

Quelles sont les images ou procédés littéraires que Paul utilise pour faire comprendre cette réalité ?
R. D.-R. : Comment parler alors de la résurrection, déjà à l’oeuvre en nous et autour de nous, et pourtant pas encore réalisée au point que parfois rien ne semble avoir changé ? Les premiers témoins ont adopté le langage pharisien d’un « réveil » ou d’un « relèvement » du Christ, prélude à notre propre relèvement. Vingt temps après l’événement, Paul utilise les formulations déjà traditionnelles : « Dieu l’a réveillé des morts » ! Mais Paul forge aussi ses propres expressions pour mieux faire comprendre l’indicible. Il lui faut articuler la résurrection comme rupture et comme continuité ; aussi parle-t-il souvent en termes de transformation/transfiguration, en grec « métamorphose ». Car la résurrection, qui troue l’histoire, est aussi pour chaque croyant un lent chemin de transformation qui accompagne et sculpte toute son existence : « si notre homme extérieur est en train de se corrompre, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Co 4, 16). Tandis que l’usure des jours défait nos forces et nos visages, la puissance de la résurrection à l’oeuvre en nous transfigure notre corps de chair pour le conformer au corps glorieux du Christ.

Sa conception de la résurrection nécessite-t-elle une recontextualisation aujourd'hui ?
R. D.-R. : Notre résurrection passe par cette configuration quotidienne à Jésus le Christ. Peut-être est-ce en ces termes que l’on pourrait au mieux dire aujourd’hui la foi en la résurrection : une transformation progressive de nos êtres de chair par conformation au Christ serviteur ; une métamorphose menée par l’esprit du Christ dans chacune de nos vies !

Propos recueillis par Sylvie H.

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