Le Petit Cephalophore

mercredi, février 01, 2012

Le sacrement des malades. Témoignages

Ce sacrement est une vraie merveille !
« J’ai toujours entendu parler du sacrement des malades autrefois appelé "extrême onction", terme qui en faisait reculer beaucoup : on croyait y voir l’annonce d’une mort prochaine ! Heureusement, j’ai été témoin de plusieurs célébrations du Sacrement des malades, reçu par des personnes âgées dans le cadre paroissial, mais aussi par une jeune femme qui souhaitait être entourée de ses co-paroissiens alors qu’elle mourait d’un cancer.
Moi-même, confronté à la maladie, j’ai souhaité recevoir ce sacrement et l’ai reçu chez moi, en présence seulement de mon épouse. Cela m’a apaisé avant mon entrée à l’hôpital.
Ce sacrement est une vraie merveille. Se sentir l'objet des soins de l'Eglise lorsqu'on connaît la détresse et l'angoisse de la maladie à l'approche de la mort, quelle richesse ! J’ai compris que Dieu m’aime et découvert une nouvelle dimension d’Amour. Élevé dans l’idée chrétienne que je devais être attentif aux pauvres et aux malheureux, j’ai enfin compris que, moi aussi, je suis pauvre et malheureux et que je dois me laisser être aimé. Ce sacrement m'a permis d'approcher ma mort avec une grande sérénité car je me suis vu plongeant dans l'immensité de l'Amour divin pour l'éternité.  Sur mon lit de douleur à l'hôpital je me projetais dans ce monde qui nous est réservé, dont nous ne savons rien... et dont je n'avais plus peur car j'y étais noyé d'Amour. Je suis toujours serein. Inquiet si je devais souffrir, je suis confiant en Dieu pour la suite, ce Dieu Patient, plein d'Amour, de Tendresse et de Miséricorde. Mais tout ceci est le résultat aussi d'un long cheminement de découverte de Dieu. Je n'ai fait qu'approfondir ma connaissance ( bien limitée !) de Dieu, grandement aidé en cela par le Sacrement des malades. Finalement, "la Foi c'est se savoir aimé". Quelle découverte ! »
Jean-Paul



Un sacrement de combat reçu dans l’abandon

Le sacrement des malades ? "Ce n'est pas quelque chose qui va de soi" se souvient Jean-Marie.
"Arrive un moment dans la maladie où l'on se sent prêt à le recevoir." Le déclencheur, c'est peut-être ce moment où le malade, habitué dans sa vie quotidienne à "tout contrôler, travail, agenda, vie familiale..." prend conscience de son impuissance face à une maladie (la leucémie) : "On sait que ce n'est pas opérable, on est obligé de s'abandonner aux médecins... et à Dieu".
Mais le sacrement n'est pas une reddition, tout au contraire et c'est bien au cœur de ce qu'a vécu Jean-Marie : "Ce qui devient premier c'est la lutte contre la maladie". Il va jusqu'à parler d'un "sacrement de guerre" qui associe sacrement de réconciliation, sacrement des malades et eucharistie.
A travers les yeux des visiteurs au-dessus des masques dans la chambre stérile, et surtout ceux des jeunes internes dont le malade perçoit les inquiétudes comme les satisfactions, c’est la conscience de l’impuissance et du « rocher qui reste à disposition ». Mais « rien de magique dans tout cela ! » s’empresse de préciser Jean-Marie, "ce n’est pas une bouée de sauvetage à laquelle on chercherait à s’agripper » mais lentement comme un mouvement « qui vient du fond de soi-même, une évidence de la Foi qui s’impose".
"Une fois reçu, à l'hôpital, avant le début de la chimio, en présence de ma femme, j'ai ressenti comme un immense apaisement. Un véritable réconfort, un sacrement de guérison. Toute la personne va s'orienter et lutter contre la maladie. C'est comme un double mouvement à la fois d'abandon car on est totalement impuissant, et de réconfort, qui aide à lutter en sachant que s’il faut passer de l’autre coté on est apaisé."
Le sacrement une fois reçu produit du fruit au jour le jour : "au fur et à mesure, on sent que Dieu joue un coup d’avance, on se projette au-delà du temps immédiat des médecins pour accepter les difficultés du moment, dans un état de paix nécessaire pour lutter contre la maladie et rester orienté vers l’essentiel.  La maladie est là mais on est mis en condition" et le bénéfice du sacrement s’étend à la famille "qui voit que le malade est apaisé", une aide précieuse "dans le réconfort et la paix, même si dans ces moments-là on a bien peu de forces pour se parler".
Aujourd’hui vainqueur dans son combat, Jean-Marie souligne que ce qu’il a vécu a changé son regard sur le sacrement des malades. "Je le voyais comme un sacrement au bout du bout, et en fait je l’ai vécu comme une aide, un sacrement de guerre : le Christ est à coté de toi et t’aide à t’abandonner pour mieux lutter."
Propos recueillis par PhTh

 La vie de Dieu en nous

« Pourquoi avoir peur de demander le sacrement des malades ? Comme les autres sacrements, il est porteur de vie, parce que Dieu est le Dieu des vivants ! Le sacrement est le moment où Dieu nous transmet cette vie. Alors pourquoi ne pas le demander ? » Geneviève est la preuve vivante que le sacrement des malades est bien un sacrement de vie, et non ce qui nous jette dans la mort ! A 92 ans, elle a reçu quatre fois le sacrement des malades, parfois à des moments critiques, mais l’on a peine à croire son âge et les difficultés qu’elle a traversées, tant elle semble vigoureuse. « Certaines personnes autour de moi refusent de le recevoir ou même d’y penser, parce qu’elles refusent de penser à la mort. Pourtant, c’est tout le contraire ! A chaque fois que je l’ai reçu, cela m’a toujours permis de reprendre pied. Comme les autres sacrements – comme la communion, par exemple – c’est un aliment, qui donne la force de tenir dans des circonstances difficiles. Lorsqu’on est malade, qu’on suit un traitement lourd, le sacrement des malades apporte le réconfort, car il est un signe de la vie de Dieu. Je ne dirais pas que le Sacrement des Malades aide à résister à l'idée de la mort, mais plutôt qu'il aide à prendre conscience de notre fragilité physique , à regarder en face cette réalité : la mort est la fin de toute vie. Il nous pacifie et fortifie notre Foi. La mort est un commencement après un passage qui peut être douloureux . 
Ce qu’apporte le sacrement des malades est complexe à expliquer. Ce n’est pas un médicament ! Il s’agit de faire appel à Dieu pour résister à la maladie, pour y faire face, pour en sortir et reprendre vie. Un sacrement nous apporte réellement l’amour de Dieu, et nous sert de soutien. Nous avons la chance d’avoir des sacrements qui rendent présent et vivant l’amour de Dieu pour nous, contrairement aux protestants, qui ne font que commémorer les gestes du Christ. Dans le geste de l’onction, on purifie la tête, les mains, les pieds, susceptibles d’avoir péché. Comme dans la confession,  il s’agit d’une purification, mais elle est ici très matérialisée, et permet de mieux voir le don spirituel à l’œuvre dans le sacrement, la grâce que Dieu nous apporte. A chaque fois que je l’ai reçu, je me suis sentie légère, purifiée, comme au sortir d’une confession. Cet apaisement, cette sérénité, changent aussi l’attitude que l’on a face à sa maladie. Un sacrement est porteur de vie ; même si la santé ne s’améliore pas nécessairement, on en tire un bienfait de toute façon. Car cela donne plus de courage pour vivre, y compris pour vivre sa maladie jusqu’à la fin. Le don de Dieu aux hommes est essentiel à chaque moment de la vie, et plus encore quand nous souffrons physiquement. Nous avons besoin de sentir la présence de Dieu dans notre vie, et le signe visible de l’onction est la marque de cette présence.
Le sacrement des malades est important pour toute la communauté. Porter les malades dans notre prière, c'est aider à leur redonner courage, et leur rappeller que, tant qu’ils sont vivants, ils ont quelque chose à apporter à la communauté. Je crois finalement que le mieux, pour recevoir le sacrement des malades, est de le recevoir au cours d’une messe paroissiale. Cela permet par ailleurs de préparer toute la communauté à le demander à son tour, un jour. Ma nouvelle paroisse propose régulièrement une messe au cours de laquelle le sacrement des malades est administré, et à partir d’un certain âge, toute personne peut demander à le recevoir, même sans être malade – car en vieillissant, on n’est jamais à l’abri d’un soudain affaiblissement ; une telle situation est difficile à vivre, et nécessite l’appui vivant de Dieu.
Le sacrement des malades n’est ni un processus magique, ni une formalité conventionnelle. Autrefois, les familles appelaient le prêtre au dernier moment, quand le malade était déjà inconscient, afin de ne pas l’effrayer. Pourquoi ? Peut-être était-ce une façon, pour les proches, d’avoir la conscience tranquille, comme s’ils avaient fait le nécessaire pour fournir au mourant un billet de passage ! ... ce n’est pas du tout le sens du sacrement des malades, qui demande une réelle démarche de foi, un désir de Dieu manifesté par le malade lui-même. C’est demander l’aide de Dieu pour prendre sa vie en main malgré la maladie – à la manière de Bernanos qui dit « A nous deux ! » au moment de mourir. Le sacrement conforte la foi, et c’est cette foi qui insuffle au malade le courage de continuer à vivre, porté par sa foi en Dieu. Tout comme la communion fait de nous des tabernacles vivants, le sacrement des malades apporte la vie de Dieu en nous."

Propos recueillis par Laetitia C.     



Une onction à découvrir,
un médecin témoigne 

Un médecin des soins palliatifs et pèlerin de cœur de "Lourdes cancer Espérance" témoigne : « Il est rare que le patient lui-même demande l'onction des malades. Le plus souvent, il lui manque l'expérience de ce sacrement, généralement peu connu. De plus, poser cette demande, c'est se reconnaître malade, parfois gravement malade, exposer sa vulnérabilité et dans certains cas, son sentiment de culpabilité. C'est avouer être dépassé par son épreuve. Enfin, c'est aussi faire état de son appartenance religieuse et donc de « sa sphère privée ». Comme saint Jacques le dit bien dans son Epître (5, 13-17), le sacrement des malades a souvent besoin d'un médiateur. Le malade, la famille, les amis, le prêtre, voici l'Église. Or, le médecin justement a cette place privilégiée qui lui permet de mettre en présence  les acteurs. Il peut aussi au mieux réaliser à quel point le patient et ses proches se trouvent transformés par cette expérience. Le malade se rend compte que l'Église à quelque chose de spécifique à lui apporter dans son épreuve. Le pardon donné signifie son retour dans la communauté ecclésiale. Ensuite, les mains du prêtre touchent non seulement son corps, mais aussi sa fragilité psychologique. Il peut réellement en résulter une guérison de l'âme et du corps. Mais la plus belle expérience qu'il fait, c'est que le Christ lui manifeste que cette épreuve et son épreuve à Lui, qu'Il s'en charge et la remet en perspective de la Résurrection. Aussi, la maladie avec tout ce qu'elle comporte de destruction, d'anéantissement, ne peut pas atteindre la profondeur de son âme, ainsi nourrie. Parfois, le fruit de l'onction est un surcroît de force physique ou morale pour dépasser l'angoisse, parfois c'est la paix intérieure, parfois même la joie. Pour un médecin il est beau de voir comment cet acte de compassion et de miséricorde de l'Église rejaillit sur l'entourage du malade. Son conjoint peut en bénéficier lui-même pour soigner sa blessure. La famille et les amis qui y assistent découvrent la dimension pacifiante, unifiante de ce sacrement. Aussi, l'entourage du patient peut prendre le relais pour l'encourager de continuer à vivre de l'onction reçue. Il s'agit alors, par un surcroît de charité d'un véritable sacrement de l'initiation à l'accompagnement. »
Propos recueillis par Katarina K. 



Un sacrement pour cette vie,
un prêtre témoigne
« Le sacrement des malades n’est pas l’extrême onction ! Ce n’est pas un sacrement de la mort, et je ne suis pas un ambassadeur de la mort. » Le père Gabriel de Saint-Victor nous explique qu’il a souvent eu à lutter contre cette idée. Longtemps aumônier de la Maison Jeanne-Garnier, qui accueille des personnes malades dans les derniers mois de leur vie, il a toujours voulu insister sur la valeur de la vie humaine, jusqu’au dernier instant. « Le malade a besoin du sacrement des malades pour être fort dans la maladie, pour être réconforté face à l’idée de sa mort. C’est pour le malade découragé que ce sacrement peut avoir un sens ; en revanche, je l’ai parfois refusé quand c’est la famille qui le demandait. Les malades, surtout lorsqu’ils se savent en fin de vie, se sentent abandonnés. Ils voient leur avenir muré, et cela rejaillit sur leur présent. Mais lorsqu’ils me disent : « Je vais mourir », je leur demande au contraire : « Quels sont vos projets ? ». Je leur explique qu’ils ne doivent pas gâcher les derniers jours qu’il leur reste à vivre. Un malade qui a un projet en fin de vie, en général, le réalise ! J’ai même connu une femme à Jeanne-Garnier qui a formé le projet de partir retrouver l’un de ses amis à Miami, alors qu’il ne lui restait que trois mois à vivre. Elle a pu aller le rejoindre, et est morte auprès de lui peu de temps après. Le sacrement des malades aide à prendre sa vie en main, avec l’aide du bon Dieu !
L’effet de ce sacrement est souvent étonnant, même chez des personnes qui ont eu une certaine réticence à le demander. Je l’ai donné il y a peu à une femme de 50 ans, atteinte d’un cancer, et qui se décourageait. Elle pensait ne pas pouvoir vivre jusqu’au mariage de sa fille, six mois plus tard. Elle avait demandé à sa famille de prier pour elle, puis a demandé le sacrement des malades sur le conseil d’une cousine. Je le lui ai donné, et après l’avoir reçu, elle se sentait apaisée, et m’a dit : « Je suis sauvée ». Ce n’est pas qu’elle était guérie, mais elle avait retrouvé la force de vivre ce qu’elle avait à vivre. Le sacrement des malades n’est pas une « assurance-vie éternelle », un tampon sur le passeport pour la mort. C’est pour apaiser le malade dans cette vie qu’il est donné, pour qu’il reste vivant, indépendamment de la mort qui guette. La lettre de saint Jacques, qu’on lit au moment du sacrement, le dit bien. Il faut remettre le malade doublement, pour le guérir, et pour qu’il reprenne la maîtrise de sa vie même si elle s’arrête bientôt.
Une fois, je l’ai donné à un homme qui semblait inconscient, sur la demande pressante de son épouse. J’ai procédé comme s’il était conscient, en expliquant mon geste à chaque étape, même si je pensais qu’il ne m’entendait pas. A la fin, très lentement, il a articulé « Merci ». Il est mort deux jours après, mais l’effet que cela a eu sur sa femme a été merveilleux : elle a vu que son mari était encore conscient, et a vécu pleinement leurs derniers instants ensemble. Malgré la mort proche, ils ont pu vivre un moment de bonheur. »
Propos recueillis par Laetitia C.
A lire : père Gabriel de Saint-Victor, La mort apprivoisée – Message d’espoir de ceux qui partent à ceux qui restent, Presses de la Renaissance, 2008                                                                        

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