Le Petit Cephalophore

dimanche, juin 07, 2009

Le peuple, le prêtre et la messe : aperçu historique

Eucharistia (action de grâces), synaxis (réunion), prosphora (offrande) ou mysterion (au sens de saints mystères) en grec, c’est le terme latin de missa, qui désigne le renvoi des participants à la fin d’une réunion, qui est préféré en Occident dès le IVème siècle, quand se généralise la pratique de la messe quotidienne et non plus seulement dominicale. C’est le temps où les différents rites s’uniformisent, autour d’une même structure héritée des siècles précédents. Les maisons particulières, où les chrétiens célébraient clandestinement la messe jusqu'en 313 (quand l'empereur Constantin autorise la liberté de culte), sont délaissées au profit des basiliques, ces grands édifices où les Romains traitaient des affaires publiques et commerciales. Le terme grec d'ecclesia, qui désignait l'assemblée des fidèles, commence à être utilisé pour désigner le lieu de rassemblement.
La messe du dimanche est précédée d’une veillée (vigile) qui dure toute la nuit et pendant laquelle on chante les psaumes. La célébration eucharistique elle-même est divisée en deux parties : trois lectures de l’Ecriture dites à l’ambon (Ancien Testament, épître paulinienne ou Actes des Apôtres et Evangile) suivies d’une prédication d’une part, la liturgie eucharistique proprement dite d’autre part, avec la prière universelle récitée par le diacre et conclue par l’évêque, les offrandes apportées à l’autel, l’anaphore (prière eucharistique comportant une action de grâces pour l’histoire du Salut, une anamnèse ou mémorial de la Passion et de la Résurrection, avec les paroles de la Cène, une épiclèse ou invocation de l’Esprit Saint sur les offrandes et le peuple, enfin, des prières pour les vivants et les morts), la récitation du Notre Père, le rite éventuel du baiser de paix et la communion au pain et au vin en respectant l’ordre hiérarchique (évêque, presbytres (càd prêtres), diacres, sous-diacres, lecteurs, chantres, ascètes, femmes dont d’abord les diaconesses, les vierges et les veuves, enfants, enfin tout le peuple) et renvoi.
Vers 500, on introduira le Kyrie (qui ne prend sa forme définitive de trois Kyrie/ trois Christe/ trois Kyrie qu'à la fin du VIIIème siècle) puis le Gloria, chanté dans l'Eglise primitive lors de la prière du matin, puis au VIème siècle à Noël, enfin chaque dimanche. Ce n’est qu’au XIème siècle que le Credo prendra place dans le canon romain.
Après la chute de l’empire romain, la messe est quelque peu bousculée par les usages locaux qui en réduisent le sens, malgré les efforts d’un Charlemagne qui, vers 800, ordonne la constitution d’un sacramentaire franc, inspiré du canon romain de Grégoire le Grand, pape en 590.
A partir du IXème siècle, le rite change : la messe n’est plus celle du peuple, célébrée à haute voix par un prêtre au service de l'assemblée, elle devient une affaire entre Dieu et son prêtre, qui, dos à l’assemblée pour se tourner vers l'orient, et à voix basse, prononce en latin, une langue que le peuple ne comprend plus, des formules mystérieuses. Les messes privées, dites en présence du seul servant, se multiplient qui favorisent cette vision d’un prêtre à part, dont les vêtements liturgiques attestent la différence accrue.
Au XIIème siècle, au cœur des cathédrales et des monastères en plein essor, les chants liturgiques deviennent l’apanage des spécialistes et des clercs. Le peuple, relégué derrière le jubé qui sépare la nef du chœur et du sanctuaire, est là seulement pour "ouïr la messe" et les prédications. Lancées depuis la chaire, elles sont souvent à caractère dogmatique et éclairent peu les lectures du jour. Le peuple communie rarement, toujours sur la langue en signe de respect, et au seul Corps du Christ, sous l’apparence du pain sans levain, usage qui se généralise en Occident au XIème siècle par référence à la Cène et à la coutume juive, comme par souci de conservation. (En revanche, l'usage de tremper le pain dans le vin, introduit chez les Grecs, et qui facilitait la communion aux deux espèces, avait été prohibé par le concile de Clermont de 1095, qui reprenait à son compte les termes du concile de Braga de 675.) Se développe alors chez les fidèles, qui n'entendent pas les paroles du Christ "Ceci est mon corps..." prononcées à voix basse, le désir de "voir" l’hostie ; un désir comblé soit lors de l’élévation, de plus en plus solennelle avec son tintement de clochettes ou sa volée de cloches, soit grâce à son exposition dans un reliquaire au-dessus de l'autel pendant toute la durée de la messe. Diocèses et ordres monastiques, en particulier les ordres mendiants, ont fixé leurs propres missels qui ajoutent à la liturgie commune leurs coutumes particulières. Grâce aux Franciscains cependant, qui s'y référent, les usages de la Curie romaine sont répandus en Europe. Le premier missel romain imprimé en 1474 reprendra les usages romains conservés par les Franciscains. Ainsi se prépare l'unification de la liturgie occidentale, qui ne sera réalisée qu'à l'époque moderne.
Au XVIème siècle, en effet, il est devenu plus que nécessaire de mettre de l’ordre et de réformer la messe. Ce sera l’œuvre du concile de Trente (1545-1563) dont le missel est promulgué par le pape Pie V en 1570. La réforme tridentine reste timide, mais l'essor de l'imprimerie en facilitera la diffusion : le rituel est simplifié, les formules et le gestuel clarifiés, le latin conservé malgré les critiques des Protestants. Pour expliquer la messe qui continue d'être dite en grande partie à voix basse, un gros effort d’instruction est opéré par le biais des catéchismes, mais la communion demeure rare. En revanche, la dévotion eucharistique s'amplifie mais s’exprimera plutôt dans l’adoration du Saint Sacrement et dans l'exubérance du style de la Contre-réforme, qui donne au Tabernacle, souvent encadré de pilastres, un éclat tout particulier. Les vêtements liturgiques, lourds de fils d'or et de broderies somptueuses, ont pour objet de montrer, par leur richesse, la présence réelle du Christ, remise en cause par la Réforme.
Dès le XIXème siècle, on aspire à retrouver le sens de la liturgie en tant que participation des fidèles au mystère pascal. En 1914, Pie X réforme le missel tridentin et encourage la pratique de la communion dès l'âge de sept ans. Mais la grande réforme est celle de Vatican II : le missel romain de 1969, en référence à la Tradition et dans une Eglise définie comme «sacrement du Salut», restaure une liturgie vivante, vécue par une assemblée qui, dans sa propre langue, participe désormais à la célébration du rite sacrificiel (lectures, direction de chants, prière universelle) jusqu’à communier à nouveau, selon l'usage antique, au Corps du Christ, que l'on peut recevoir dans la main, et au Sang du Christ, en buvant au calice.
Dominique T.
Illustration : la messe avant le concile de Trente, représentation mexicaine du XVIème siècle, Musée des Jacobins, Auch.

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