Le Petit Cephalophore

mardi, mai 13, 2008

Pèlerinage à Assise : journal de bord


Vingt-et-un paroissiens de Saint-Denys sont partis en Ombrie sur les pas de saint François. Sept d’entre eux ont tenu un journal de bord. Le voici.

Lundi 28 avril 2008 : Paris-Assise
Nous avons quitté Paris à 6 heures du matin, sous une petite pluie fine. Nous nous étions répartis dans des voitures pour nous rendre à Beauvais. Au moment de l’enregistrement des bagages, catastrophe ! Jean-Abel ne peut prendre l’avion car sa carte d’identité est périmée depuis un mois. Il repart à Paris et nous rejoindra par le train. Nous arrivons à Rome sans encombre grâce à Ryanair. Le soleil nous y attend avec Luciano, notre chauffeur très souriant, et un car flambant neuf. Nous déjeunons près de l’aéroport dans un restaurant sans charme où nous dégustons nos premières pâtes: des lasagnes "al pesto" fort bonnes, arrosées d’un petit blanc "frizzante". Dans le bus, nous sommes invités par le père Quinson à prendre le micro pour dire ce que nous attendons de ce voyage. Je suis partie, quant à moi, pour découvrir une personne, François d’Assise, qui me touche pour trois raisons : la radicalité de son choix de vie (la pauvreté), sa joie, son amour pour la nature. Nous arrivons à Assise et c’est l’émerveillement. De la ville, on surplombe toute la vallée, à perte de vue. Dans la ville, un écrin préservé enserré par des remparts, la lumière est très douce sur la pierre aux teintes claires. Nous découvrons, lors d’un premier repérage, un oratoire qui serait l’endroit où François est né (à cet endroit son père avait un entrepôt). Puis nous célébrons la messe à Santa Maria Maggiore, l’ancienne cathédrale. Après le dîner, grande promenade jusqu’à la citadelle, la Rocca, qui fut détruite quand François avait 15 ans (et reconstruite quelques siècles plus tard). Les habitants construisirent avec ses pierres les remparts et proclamèrent la ville libre. Au retour, nous découvrons dans la pénombre des jeunes filles qui répètent une danse traditionnelle avec des drapeaux. Elles évoluent sur une musique médiévale devant l’église Saint-Rufin. Une vision très poétique pour enchanter notre première nuit en Ombrie...
Sylvie

Mardi 29 avril : basilique Saint-François et la Porziuncola
Avec la visite de la basilique, nous voilà plongés dans le monde des grands peintres, des grands saints et des grands constructeurs. L’ensemble est si riche qu’il est impossible à résumer. Le franciscain qui nous accueille (en robe noire et chemise rose !) y parvient toutefois de façon magistrale, avec une simplicité toute franciscaine. Il nous explique ainsi que de 1295 à 1300, Giotto a partagé avec Lorenzetti di Pietro et Cimabue, la réalisation des fresques de la basilique. Le récit illustré de la vie du Christ nous introduit naturellement à la vie de saint François puisqu’il était “la photocopie du Christ“, précise le franciscain.
Le tombeau du saint se trouve dans la crypte, derrière l’autel, et le père Quinson aurait pu pendant la célébration le toucher en allongeant le bras.

Saint François est mort en 1226, dans la vallée, à la Porziuncola, une chapelle reconstruite par ses soins. De retour à l’hôtel pour le déjeuner, nous retrouvons Jean-Abel qui nous a enfin rejoints. Visite de la Porziuncola l’après midi qui a été recouverte par une basilique : Sainte-Marie-des-Anges, construite après sa mort. (ci-contre)
Marie

Mercredi 30 avril : ermitage des Carceri et église de Saint-Damien
8h15 : nous partons d’un pas allègre pour l’ascension du mont Subasio, quelques uns nous rejoindront en taxi. Dès la sortie d’Assise, la route monte et serpente avec un fort dénivelé. Nous formons trois groupes : les marcheurs impatients, les sérieux conscients de l’effort à fournir et viennent ensuite les plus bavards mais aussi les plus fragiles et courageux. Après une heure et demie d’efforts mais aussi de conversations qui renforcent les liens de notre communauté, nous découvrons enfin l’ermitage des Carceri, blotti dans la forêt. Saint François y vivait séparé du monde. Nous célébrons une messe en pleine nature et sommes visités par des geais.


Puis il nous faut redescendre dans la vallée par un chemin de randonnée pentu, avec le risque de nous rompre le cou en glissant sur les cailloux qui glissent sous nos pieds. Le soleil nous réchauffe quand apparaît la porte de la ville.
Carlina

14h45 : deuxième marche de la journée, après un déjeuner à l’hôtel Roma. Nous parcourons 1,5 km vers Saint-Damien, situé en contrebas d’Assise. Il nous faut prendre d’abord un escalier, puis un chemin qui traverse un champ d’oliviers. Vision furtive d’un berger et de ses moutons, à gauche du chemin. Chemin bordé de menthe, de fraisiers en fleurs, de lavande… Arrivée sur la terrasse de Saint-Damien, où le père Quinson nous parle de la vie de François. Le saint a restauré de ses mains cette petite église du VIIè siècle, à la demande du Christ. C’est ici que les premières clarisses se sont installées. Dans l’église, longues minutes de recueillement pour chacun puis visite silencieuse des pièces attenantes. Sainte Claire est morte ici. A l’extérieur on profite du soleil et l’on croise un groupe bruyant de jeunes italiens avec caquettes, tennis dorés et pantalons taille basse. La remontée vers Assise se fait au rythme de chacun. Quartier libre jusqu’au dîner : boutiques de souvenirs, glaces italiennes ou vêpres, au choix. On dormira bien ce soir, après cette journée de marche !
Marie-Blanche

Jeudi 1er mai : l'Ascension. Sanctuaires franciscains de la vallée de Rieti
Saint François est universellement associé à Assise et c’est bien en ce lieu que les pèlerins affluent en grand nombre pour admirer les fruits les plus visibles et les plus éclatants de sa spiritualité : nombre d’églises de toutes tailles, de riches architectures, des fresque raffinées…
Mais pour approcher et goûter la spiritualité vivante de saint François, il faut quitter Assise et visiter les sanctuaires encore aujourd’hui de dimensions et de décoration modestes, et insérés dans la nature. Vers la fin de sa vie, François passait de plus en plus de temps dans ces lieux sauvages où il trouvait un support à la prière. En se replaçant au milieu de la Création, il trouvait une réelle fraternité avec les éléments et créatures naturels et une plus grande proximité avec le Créateur. Là, François a approfondi et structuré durablement la spiritualité qu’il a transmise à ses frères.
Rieti est une petite ville à mi-distance (environ 120 km) d’Assise et de Rome. Ce centre géographique de l’Italie occupe le sud d’une petite plaine (environ 10 x 20 km) bordée de monts culminant à 2 200 m au N-E. Sur les hauteurs autour de la vallée quatre sanctuaires actuels attestent de lieux où François est venu prier avec ses frères.
Greccio (17 km de Rieti) est connu comme la "Bethléem franciscaine". Au cours de l’hiver 1223, à l’occasion de Noël, François voulut représenter l’avènement de l’enfant divin d’une manière vivante et réaliste en convoquant un âne et un bœuf autour de leur mangeoire, berceau de l’enfant. Ainsi naquit la tradition de la crèche. C’est dans l’église la plus récente et sans aucun charme du lieu que nous avons célébré la messe du jour. Cette église est ouverte aux visiteurs car elle présente une collection de crèches populaires.
(Illustration : Nativité célébrée au monastère de Greccio, par Benozzo Gozzoli, 1452.)
Fonte Colombo (à 550 m d’alt. et 5 km de Rieti) : en 1217 François fait construire une chapelle dédiée à la Madone qui domine une grotte naturelle au milieu des bois. Il aimait s’y retirer pour prier. Fonte Colombo est aussi appelée le "Sinaï franciscain". C’est là qu’en 1223, le Christ aurait dicté à saint François la règle définitive de l’ordre.
La Foresta (4 km de Rieti) ou le "Cana franciscain" pour rappeler le miracle de la vigne dévastée par la foule accourue pour voir le saint en 1225, qui n’en donna pas moins, cette année là, une récolte abondante et un très bon vin. Nous n’y avons pas fait halte.
Poggio Bustone (à 790 m d’alt et 17 km de Rieti). Dans une partie des plus sauvages de la montagne, François trouva deux grottes et se retira pour prier. Regrettant ses égarements de jeunesse, il y eut la révélation que ses péchés étaient pardonnés et que les héritiers de sa spiritualité se multiplieraient jusqu’à la fin des temps.
Dans le bus qui nous ramène à Assise, nous décidons collégialement et fraternellement, et commençons sur-le-champ une neuvaine pour présenter les 130 intentions de prière que nous avons emportées dans notre voyage pour nos frères paroissiens. Nous ajoutons une mention affective particulière pour que Raphaël et Aurélie trouvent un nouveau départ dans leur vie.
Après la fin du voyage, chacun continuera chez soi ces trois prières ("Viens esprit Saint", "Notre Père" et "Je vous salue Marie") jusqu’à la veille de Pentecôte : période faste s’il en est pour appeler l’Esprit Saint dans nos vies.
Jean-Abel

Vendredì 2 mai : Mont de l’Alverne et ville de Lucca
Pour la dernière fois, à nos yeux, le soleil caresse la façade virginale de l’église Santa-Chiara, devant notre hôtel. Et pour la dernière fois, nos yeux caressent la plaine de l’Ombrie. Nous quittons Assise mais pas encore François : nous nous rendons à l’Alverne où il a reçu les stigmates. En laissant la cité derrière nous, nous chantons dans le car les louanges du Seigneur : "Joie au ciel ! Exulte la terre ! (…) la campagne tout entière est en fête" (Ps 95). Une longue route vers ce mystère étonnant de la vie du poverello : hier la crèche, aujourd’hui le crucifiement, la Passion. Le père Quinson nous fait remarquer cette intuition qui sera la même chez une Thérèse de Lisieux et de la Sainte Face : la crèche et la croix disent le mystère total du Christ.
La montagne de l’Alverne (La Verna) culmine à 1128 m. Le domaine fut offert à François en 1213 et le saint y séjourna plusieurs fois. En 1224, comme le raconte Celano, François "fit un carême sur le mont en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, mère du Seigneur et bienheureux Michel archange, depuis la fête de l’Assomption de la Vierge Marie jusqu’à la fête de saint Michel en septembre". Il eut alors la vision d’un séraphin et reçut les stigmates du Christ dans sa propre chair.
Dès notre arrivée, après la traversée d’une pinède ombragée, nous célébrons la messe des stigmates dans la chapelle Santa-Maria-degli-Angeli. "Je suis crucifié avec le Christ : et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi." (Ga 2, 19-20a) Un jeune frère égyptien nous guide ensuite dans le sanctuaire : le lieu où François reçut les stigmates, ses lieux de prière et de recueillement. (Illustration de Giotto, v. 1295)
Le déjeuner convivial nous revigore, et puis temps libre : certains retournent à la chapelle des stigmates prier, d’autres visites la basilique avec de splendides bas reliefs de Della Robbia, d’autres encore se réjouissent dans le musée ou chinent dans une brocante improbable, et assez surréaliste au milieu du sanctuaire !
Retour en car, direction Lucca, en Toscane, où nous arrivons un peu moins de trois heures plus tard. Un hôtel confortable nous attend et nous visitons la ville. La cathédrale monumentale nous a fermé ses portes mais la cité nous ouvre les siennes avec générosité. Ocre, safran, turquoise, marbres blancs et émeraude : nous avons quitté Assise mais c’est le même soleil qui anime les rues et les places. Après le dîner, nous nous retrouvons en ce dernier soir, pour partager nos actions de grâce, nos joies et les fruits déjà cueillis de ce pèlerinage.
Deo gratias et… bonne nuit !
Jérémy

Samedi 3 mai 2008 : Lucca-Pise-Beauvais
Après la dernière nuit à Lucca, nous célébrons la messe dans la chapelle de l'église Saint-Bartholomée, tout près. Le père Paul nous invite, à l'occasion de la fête des apôtres Philippe et Jacques, à méditer notre propre envoi en mission à l’issue de ce pèlerinage… L'Evangile, si nous savons "le garder tel que nous l'avons reçu", sera pour nous aussi ce "jaillissement éternel de nouveauté" à déployer là où nous sommes. Nous nous confions à l'intercession de François et c'est avec son beau Cantique que s'achève notre prière. Les paroles dites pendant cette messe nous renvoient à des thèmes partagés au cours du pèlerinage, comme les manifestations du Christ ressuscité dans l'épître aux Corinthiens, le "Nul ne vient au Père sinon par moi" de l'Evangile de saint Jean, les quatre éléments, Vent, Eau, Feu et Terre du Cantique de saint François, qui nous propose la reconnaissance de notre source commune dans le Créateur, qu’il est bon de louer… La distance de Lucca à Pise est courte. Nous trouvons belle la Place des Miracles, avec son baptistère, son dôme, et la Torre Pendente, bien penchée, en effet… Un délicieux jambon de Parme à l'ananas frais constitue ensuite le meilleur des repas du voyage. La grâce ne nous quittera pas puisque l’inévitable trajet vers l'aéroport sera marqué d'un jaillissement joyeux de louanges fraternelles, formulées au nom de tous par Hubert et Jean. Leurs paroles sont justes et parfumées de poésie toute franciscaine. Par leur intermédiaire notre action de grâces va au Seigneur pour nous avoir donné notre grand frère François, notre cher frère et bon berger Paul, son aide, frère Jérémy, doux et efficace pour rassembler le troupeau, et notre sœur Sylvie, l’interprète qui nous a "fait goûter jusqu'aux miettes la douce langue maternelle du frère François", sans oublier notre chauffeur Luciano… et nous tous, donnés fraternellement les uns aux autres…
Katarina
Le Cantique des créatures :
Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur et toute bénédiction ;
à toi seul ils conviennent, ô Très-Haut, et nul homme n'est digne de te nommer.
Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil par qui tu nous donnes le jour, la lumière : il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles : dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l'air et pour les nuages, pour l'azur calme et tous les temps : grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau qui est très utile et très humble, précieuse et chaste.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu, par qui tu éclaires la nuit, il est beau et joyeux, indomptable et fort.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s'ils conservent la paix car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; heureux ceux qu'elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire.
Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité !

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