Le Petit Cephalophore

samedi, septembre 23, 2006

Formation charité

Après une carrière particulièrement bien remplie de médecin -activités soignante pour l'Éducation Nationale, administrative à l'Assistance Publique, et expertise auprès de grands handicapés-, Claude M. décide de soigner gratuitement les plus démunis quand sonne l'heure de la retraite. Pour lui aujourd'hui, le bénévolat va de soi, pas de quoi en faire un plat ! Son extrême modestie dut-elle en souffrir, nous avons fini par venir à bout de ses réticences «à parler de lui et se mettre en avant», et par le convaincre de nous raconter comment il vit son triple engagement.
Le Petit Céphalophore : Pourquoi avez-vous souhaité exercer la médecine à la Conférence Saint-Vincent-de-Paul ? Claude : A ma retraite, je voulais, en plus de mes activités à la paroisse Saint-Denys, m'engager de façon plus pratique parce que j'avais conscience de ne pas avoir eu le temps de m'occuper suffisamment des personnes âgées. Il m'est apparu essentiel après une vie active de médecin rémunéré de me consacrer au bénévolat. Et d'ailleurs, les malades m'ont vite manqué cruellement ! Donc tout s'est enchaîné très vite auprès des trois organisations auxquelles je collabore depuis cinq ans. Aux personnes âgées de Saint-Vincent-de-Paul, qui sont tellement isolées dans leurs problèmes, dans leur solitude, on donne un peu de notre temps. Cette notion du temps me paraît importante. Le temps qui est bien à soi, on le donne, et ce n'est pas facile. Le plus difficile étant d'assurer la régularité, la continuité sur le long terme. Ne pas laisser tomber !
L.P.C. : Lors de vos permanences à Médecins du Monde, comment s'engage l'échange, le dialogue ? Claude : Là, ceux que l'on en face de soi -des étrangers en situation précaire, sans papiers, sans ressources, sans logement- sont l'image même de la détresse humaine. La mission France de Médecins du Monde consiste à leur donner des soins, à les orienter vers des services hospitaliers tout en sachant que leur prise en charge est des plus aléatoires. Il y a certes beaucoup de tensions... Il faut déjà décrypter un langage particulier. Par exemple, un Africain ne parlera pas de sa douleur physique comme un Occidental. ça n'est pas simple ! C'est ce que j'ai fait de plus dur. Vu le contexte, il y a là tant de personnes déprimées ! On est aidés par des psychiatres bénévoles, et pour les problèmes médico-sociaux, on fait appel à des juristes et des assistantes sociales également bénévoles. L'impression que je ressens dans tout çà, c'est d'être une goutte d'eau dans la mer ! Heureusement, il y a des cas qui nous poussent. L'un de ceux qui m'a le plus frappé est celui de cette femme enceinte atteinte du sida. La législation française fait qu'on ne peut la renvoyer. Or l'enfant a toutes les chances, grâce aux nouveaux traitements, de naître sain. Voilà de quoi justifier bien des choses inutiles, bien des peines, et donner de l'espoir !
L.P.C. : Quels sont ceux que vous soignez à bord de la péniche des Restos du Coeur ancrée quai d'Austerlitz ? Claude : Ce sont des SDF, des gens en situation régulière, Français, qui à la suite de la perte de leur emploi n'ont plus les moyens de se loger. C'est consternant de voir la rapidité de leur dégringolade sociale ! Très vite, ils perdent leur logement, puis leur femme et se retrouvent à la rue. Il y a même des étudiants en médecine, étrangers, qui couchent sur la péniche parce qu'ils n'ont pas les moyens de se payer une chambre. On ne peut les garder plus de trois ou quatre semaines... Outre le soin, on tâche de leur apporter un peu d'écoute, à la découverte de la profondeur de la détresse humaine. On se découvre tellement privilégié qu'on est mort de honte d'avoir une vie si normale ! On est touché de plein fouet, on ressent la responsabilité davantage que celui qui ignore cette détresse-là, et en même temps on se sent impuissant, égoïste peut-être... Mais aussi réconforté par le dévouement de ceux que l'on côtoie.
L.P.C. : Et Dieu dans tout ça ? Claude : A Saint-Vincent-de-Paul, les membres qui apportent la Communion apportent le Christ. Et nous, on essaie de voir à travers la solitude, la déchéance humaine, le visage du Christ souffrant. On se sent alors si proches de chacun d'eux... On a l'impression de vivre un instant d'humanité en partageant des moments de solidarité.
L.P.C. : Au fond, n'est-ce pas une forme d'évangélisation, une façon de rendre présente la charité chrétienne auprès des plus pauvres ? Claude : Peut-être. J'ose l'espérer... Parfois. Je pense que la Charité est la plus importante et la plus difficile des Vertus. Vraiment pas facile ! Et ce que je fais, je trouve que c'est toujours trop peu. Mais ce qui nourrit la Charité, c'est l'Eucharistie.
Propos recueillis par Marie-Christine D.

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