Le Petit Cephalophore

dimanche, juin 18, 2006

Kayenta, terre de Mission.

En vacances dans l'Ouest américain, Dominique, Philippe et leurs amis ont rencontré le Père Jerry à l'issue de la messe pascale et l'ont interrogé sur sa mission pastorale: un témoignage inattendu!
Kayenta, le nom sonne comme celui d’un village africain, d’une terre de mission. C’est bien cela ; une terre de mission. Mais nous sommes ici en Arizona, au cœur de la «nation navajo», à quelques miles des paysages majestueux de Monument Valley qui ont servi de toile de fond à tant de westerns.

La paroisse de Kayenta s’étend sur plus de 26.000 kilomètres carrés, c’est plus de deux fois la superficie de la région Ile-de-France ! Un territoire à cheval sur l’Arizona, l’Utah et le Nevada ; une telle étendue qu’on y change même de fuseau horaire… de quoi perdre un peu le visiteur de passage qui veut se rendre à la messe de Pâques…

Le frère Jerry Herff, ancien supérieur des Lazaristes de Los Angeles, (ou «congrégation de la mission» fondée par saint Vincent de Paul), réside auprès des Indiens navajos à Kayenta sa terre de mission depuis neuf ans. Depuis lors, il a célébré quatre mariages : c’est peu, pire encore lorsque l’on sait qu’un seul de ces couples était navajo. En six ans, le père Jerry n’a baptisé que deux enfants… mais célébré vingt-et-un enterrements ! Ce chiffre relativement élevé s'explique selon lui par un attrait certain des Navajos pour le rite funèbre mêlant fumée d’encens et eau bénite… La première religion pratiquée sur ces terres reste le culte traditionnel chamanique navajo. La foi catholique vient ensuite, fruit d’une longue histoire missionnaire, puis la kyrielle d’églises protestantes caractéristique de ces villes de l’ouest.

La petite communauté qui vient aujourd’hui de célébrer Pâques et dont les enfants courent maintenant à travers le jardin dans une sympathique chasse aux œufs, se prépare déjà à regagner ses imposants pick-up et repartir sur les routes. L’église n’est qu’une brève étape dominicale. En semaine c’est seulement au hasard de son passage à l’épicerie ou à la poste que le frère Jerry peut croiser l'un de ses paroissiens. "Une année !" : c’est le délai qu’on lui avait prédit à son arrivée avant que quiconque le salue… et à deux jours près c’est bien ce qu’à vécu le frère Jerry. Un pasteur que ses «brebis» maintiennent dans une solitude très rude (« C’est si difficile de vivre ici pour un blanc, parce que vous n’êtes jamais accepté »). Le Navajo apprend en effet dès son plus jeune âge à ne se fier à personne en dehors de sa famille. « You’re always an outsider » et le prêtre, comme tout autre que son chemin aura conduit jusqu’au township de Kayenta, demeurera, dans cette société matriarcale, un étranger. L’étranger que l’on ne convie jamais à sa table, même pour Pâques ou Noël ; l’étranger auquel on ne s’adresse que pour lui raconter ses propres soucis sans chercher à l’accueillir, lui. Aujourd’hui pourtant, la petite église était pleine (nous étions une bonne cinquantaine), mais beaucoup parmi nous n’étaient pas baptisés. Pas de chant de communion ni de chant de sortie, navajo ou pas !
Jusqu’à ce jour aucun Navajo n’a été appelé à la prêtrise. Les Etats-Unis comptent cependant deux évêques issus d’autres nations indiennes dont l’évêque du diocèse de Gallup auquel est rattachée Kayenta. Le diocèse est engagé depuis plusieurs années dans une action missionnaire associant clergé et laïcs intitulée « disciples en mission ». Le diocèse de Gallup (144.000 km²… 80.000 catholiques) est l’un des plus pauvres des Etats-Unis. La quête dominicale du dimanche des Rameaux à Kayenta représentait seulement 7 $ 80 cents (environ 6 euros), ceci dans un pays où l’Etat comme en France ne participe pas au financement des Eglises. Ce sont les autres diocèses plus favorisés, et notamment celui du Nouveau-Mexique voisin, qui soutiennent dans son existence quotidienne ce territoire si défavorisé. Une pauvreté qui n’est cependant pas le reflet de la situation de la nation navajo, la plus riche de toutes les nations amérindiennes grâce à l’exploitation d’abondantes ressources naturelles et au tourisme. Pour tenir dans cet environnement difficile et continuer à annoncer la Bonne Parole, le père Jerry s’appuie sur quelques rares paroissiens, avec un oecuménisme qu’appelle la situation. L’un d’eux est un pharmacien épiscopalien (proche des Anglicans) sans église ici et qui de ce fait est devenu le lecteur des messes dominicales. L’autre est une jeune femme revenue récemment à la foi catholique et qui se débat avec courage pour lancer le catéchuménat. Quant au catéchisme, c’est l’ «école du dimanche » : rares sont les présents à cet enseignement qui précède la messe. Hélas ! Ces deux précieux paroissiens ne resteront pas longtemps à Kayenta et le noyau de la communauté paroissiale devra se reconstituer.
Au cours de nos voyages, nous avons eu la joie de rencontrer diverses figures de prêtres et d’Églises, dont beaucoup étaient en difficulté, pour des raisons politiques, religieuses, linguistiques ou simplement économiques. Mais ces difficultés semblaient décupler l’énergie et la foi de ces petites communautés. Nous ne pensions pas, en venant aux États-unis, trouver une telle misère spirituelle ni croiser la détresse d’un curé à la paroisse pourtant démesurée.
Le père Jerry est la voix qui crie dans le désert d’Arizona. Notre mission à nous est de prier pour lui.
Philippe

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