Le Petit Cephalophore

mardi, novembre 08, 2005

Le Cantique des Cantiques illustré

Exposition Kupka " Qu’il me baise des baisers de sa bouche. Tes amours sont plus délicieuses que le vin " S’agit-il des vers de Louise Labé, cette grande poétesse du XVIè siècle qui déclarait avec fougue sa flamme à Magny, son amant (" Baise m’encor, rebaise moy et baise ") ? Non, nous sommes dans le plus beau chant de la Bible, le Cantique des Cantiques. On y célèbre l’amour d’un Bien-aimé et d’une Bien-aimée, qui se rejoignent et se perdent. Le Bien-aimé est appelé " roi " et " Salomon ", la bien-aimée " la Sulamite ". Pour justifier le maintien dans le canon biblique de ce texte sensuel, l’interprétation allégorique s’est imposée dès le 1er siècle de notre ère. Les juifs y voient la relation de Dieu pour Israël et du peuple pour son Dieu ; les chrétiens, celle du Christ avec son Eglise. Source d’inspiration pour de nombreux artistes, Le Cantique des Cantiques a nourri le peintre František Kupka (1871-1957), né en Bohême orientale et ami d’Alfons Mucha. C’est l’œuvre de cet illustrateur, admirateur de Gustave Moreau, que nous présente le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. A trois reprises, Kupka va retravailler le thème du Cantique en modifiant son regard. En 1905, il illustre un album qui accompagne l’adaptation pour la scène du Cantique par Jean de Bonnefon. Il entreprend ainsi son premier ouvrage de bibliophilie : six gravures sur bois où l’on retrouve l’influence de la Sécession viennoise. A peine le livre est-il composé, que l’artiste s’engage dans un second projet plus ambitieux qui l’occupe de 1905 à 1909 : mettre en images le poème biblique dans sa version hébraïque. Tous les stades de sa création sont présentés ici : des recherches de motifs dans des ouvrages érudits sur la Terre Sainte, jusqu’à une série complète d’aquarelles accompagnant le texte hébreu. Visions fraîches et oniriques d’un Eden oriental qui magnifie la beauté de la femme – somptueusement nue. Il faut dire qu’au moment où Kupka entame ce travail, il vient de rencontrer Eugénie Straub, qui sera l’amour de sa vie. Sa vision du Cantique est encore bouleversée par Paul Vuillaud qui publie en 1925 une traduction du texte en français, nourrie par la tradition juive. En 1931, les éditions Piazza publie cette nouvelle version que l’on peut feuilleter dans l’exposition… sur écran, après avoir admiré des études préparatoires. Deux étages plus haut, on ne manquera d’aller contempler huit pastels de Marc Chagall conçus pour la Chapelle du Calvaire de Vence, entre 1957 et 1966. Il s’agit là encore du Cantique, investi par l’univers de l’artiste : Bella, sa femme, qu’il tient enlacé, chevaux et chèvres sur ciels de feu, Vitebsk et Vence, nouvelles Jérusalem. L’amour humain, clef de compréhension de l’amour divin ? Pour Kupka et Chagall, cela ne fait aucun doute. Aussi est-il permis d’y croire.

Sylvie Horguelin,

Pour en savoir plus : Exposition Kupka, Le Cantique des Cantiques, jusqu’au 8 janvier 2006, Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple, Paris 3è arr. Tarif : 3 euros. Tél. : 01 53 01 86 48. Site : http://www.mahj-org/.

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